Folie ordinaire


Chez Bukows­ki, l’œuvre véri­ta­ble est l’affrontement des périls dans le cours de la vie.

Choses


Ce qui en Suisse d’abord me frappe, ce sont les choses inutiles. Tant de choses inutiles induisant des com­porte­ments inutiles, l’ensemble telle­ment onéreux.

Bonheur


Ce sourire de pur bon­heur sur le vis­age d’Aplo alors qu’il observe une poule.

Danse


Pense con­tre toi-même : tu devien­dras un pan­tin dont la forme et la posi­tion dépen­dent des forces et des pres­sions extérieures.

Différence


Mon­tesquieu n’aura pas vu la Révo­lu­tion. Comme lui, nous dis­paraîtrons avant que n’éclose dans des mou­ve­ments le change­ment de par­a­digme dont nous avons tous les jours le sen­ti­ment du progrès.

Reconquête


Voilà dix ans que je passe une par­tie de mon temps à con­quérir et recon­quérir ma femme et, que je sache, je ne fais rien pour le per­dre ; elle s’éloigne ; pour s’éprouver plutôt que pour m’éprouver.

Population nocturne


Lun­di, j’avale un som­nifère. Du pont de bateau, j’assiste aux pré­parat­ifs d’une bande de vam­pires prêt à con­duire une attaque. Hier, j’avale le même som­nifère et fais le même rêve, mais d’un point de vue dif­férent : une maquilleuse me grime de noir en exposant mon vis­age au pot d’échappement d’une moto puis me bar­bouille de cica­tri­ces. Elle m’ordonne alors de rejoin­dre les vam­pires du quai. 

De l’invasion


Le prob­lème de l’immigration, me dit-on, c’est que les gens d’ici ont peur. Ils nient, ils se taisent, ils agis­sent con­tre leur intérêt. Soit. Je dirais plutôt que ceux qui n’ont pas peur font tout ce qui est en leur pou­voir pour instru­men­talis­er cette peur à des fins économiques.

Chalet


Les enfants sont réap­parus ven­dre­di. J’ai quit­té l’arrière-boutique. H. me fait remar­quer que je ne peux pas couch­er Luv dans le cof­fre de l’utilitaire, que c’est inter­dit, que la police veille, que c’est à mon risque. « Vas‑y ! » Luv se glisse entre les valis­es et les sacs de com­mis­sion. Avant de pren­dre l’avion pour Madrid où il court le marathon, Mon­frère m’explique com­ment nour­rir les lap­ins, enfer­mer les poules, ali­menter le poêle. Nous grim­pons en direc­tion du chalet lorsque la pluie com­mence de tomber. Pen­dant deux jours, elle tombe. Dimanche, lorsqu’elle s’arrête, un ray­on de soleil illu­mine le champ puis il se met à neiger. Les flo­cons volent, mon­tent et descen­dent. Les poules picorent du risot­to et des tartines, rejet­tent les feuilles de poireau. Aplo tire au fusil, Luv lit la poésie de Rim­baud, je lis la poésie de Bukows­ki et me demande ce que c’est, je boxe dedans, puis sur la ter­rasse, par zéro degré et tombe malade. La nuit, une fouine attaque. Je la chas­se, elle revient, court sur le toit, cogne aux vit­res. Lun­di, nous apprenons qu’après notre départ, le voisin a oublié d’enfermer le cou­ple de lap­ins : Madame a disparue.

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Exis­tence : manière de faire pass­er le temps.