Ce copain qui donne un cours sur l’île de Turks and Caicos. Il remarque un chevelu. Quand ce dernier pose sa guitare, il s’approche de la chaise longue pour la lui emprunter.
-Je vous en prie, dit Keith Richards.
Keith
Morts
Comme j’assistais ennuyé à un spectacle de bateleurs apparaissait soudain ma grand-mère. Elles est sans expression. Le visage lisse. Sans un mot, elle me fixe. Je crie. Mon cri me réveille. Gala me rassure. Et si les morts demeuraient parmi nous, sur terre, dans l’état qui fut le leur. Ils s’arrangeraient pour ne jamais croiser ceux qui les connurent.
Indesit
-La machine à laver fonctionne, mais elle ne lave pas.
-Mais elle fonctionne? demande Ramon, le propriétaire.
Avant que j’ai le temps de réagir:
- Avec moi, dit-il, elle a toujours fonctionné.
Être aimable, composer et rire n’est pas sans risque: l’autre finit par croire que vous êtes gentil. S’il est faible, il n’hésite pas: il abuse.
J’écris donc un mail: “cher Ramon, je viens de commander une machine neuve, que fais-je avec l’ancienne?“
Réponse sibylline. “Du moment que tu achètes une machine neuve, jette l’ancienne, tu me laisseras la nouvelle.“
La sienne valait Fr. 100.- il y a dix ans, la mienne est neuve et vaut cinq fois ce prix.
Je réponds: “non”.
Ramon trouve la parade: “tu m’en rachèteras une autre, moins chère”.
Je réponds “non”.
Le téléphone sonne. Je ne décroche pas. Suit un mail:
“Jette-là!“
Peu après, les ouvriers installent la nouvelle machine. J’ai averti que je paierai en liquide. Ils n’ont pas de monnaie.
“Je vais chercher la monnaie chez moi et je reviens”, fait l’ouvrier.
Je place mes vêtements de sport dans le tambour, lance le programme. A trois heures, je dois partir pour un entraînement couteau. Nous mangeons. Le programme fini, je veux lancer le séchoir. J’appuie ici et là. Un nouveau cycle de lavage commence. Dans le tambour, mes habits essorés sont recouverts d’eau. Le mode d’emploi compte deux pages. Il est en trois langues. Je lis, je ne comprends pas. Je relis, je comprends. Le lavage fini, j’applique la séquence qui doit lancer le séchage. Le lavage recommence. Gala vient à mon secours. Elle lit le mode d’emploi. M’explique ce qu’elle a compris. J’avais compris. Au bout d’une demi-heure de tergiversations, nous trouvons la solution. Le tambour, tourne dans le sens des aiguilles de la montre, puis dans l’autre sens, puis dans le sens des aiguilles, et ainsi de suite… à n’en plus finir. L’heure du départ approche. Je veux arrêter le processus. Impossible. Débloquer la porte. Impossible. Quelle que soit son prix, je vais sortir cette machine à coupe de pieds. Gala reprend le mode d’emploi. Elle ne trouve pas. A mon tour. Rien, nulle mention d’ouverture anticipée. A force de jouer avec les boutons, je réussi à ouvrir la porte. Mon pantalon d’entraînement, ma coquille, mes maillots, tout fume. De retour de la ville, après avoir arrêté cinq cent coups de couteau, une bière à la main, je reprends le mode d’emploi. Gala vérifie. Elle confirme: aucune des solutions que nous avons appliquées ne figure dans le mode d’emploi.
Bonheur obligatoire
Regardé hier ce film admirable, La loi du marché de Stéphane Brizé, une fiction qui raconte le périple administratif et social — qui le plus souvent ne font qu’un — d’un ouvrier de quarante ans à la recherche d’un emploi. Présenté ainsi, difficile d’imaginer scénario plus rébarbatif. Pourtant, ce long-métrage est exemplaire. Sa première vertu est de mettre en scène le réel au plus proche de la réalité. Les rapports aux fonctionnaires, aux banquiers, aux assistants sociaux, aux employeurs, est montré avec tant de précision, que l’on se retrouve dans la pièce avec les répondants du système, à la place du chômeur, l’estomac dans les talons. Puis il y a le langage spéciale de ces techniciens du capitalisme, appris pour faire avaler la dragée. De quoi révolter. Enfin, le jeu d’acteur de Vincent Lyndon, si juste, que si je croisais l’acteur demain dans les rues de Paris, je lui demanderais s’il a retrouvé du travail. Ce film qui évite toute référence partisane est un grand film politique. Il met en scène l’humiliation à laquelle notre société du bonheur obligatoire a réduit l’homme.