N’appartenir pas est ma préoccupation première lorsque des liens de puissance établis par la convention unissent des individus. Elle s’accompagne depuis peu d’un sentiment d’inquiétude devant l’état solitaire qui, en raison d’une ouverture spirituelle limité par le pessimisme, me tasse sur mon destin.
Max
Bourré d’éther, pauvre comme Job et grand poète du hasard, Max Jacob construisait des claviers à partir de partitions improvisées. Ses vers qui prennent toutes les formes, et d’abord celles de lettres à ses amis, m’ont toujours fait pensé à la dentition d’une reine de beauté après un match de boxe. Un style! Précis et fou, intelligent et chaviré, et qui lu, semble s’adresser à vous de manière directe, comme si le poète n’avait jamais attendu d’autre lecteur.
La boulangère africaine
Bonne humeur distinguée de la boulangère africaine. Pour chacun, elle a un mot d’attention. Du toupet aussi. Le deuxième jour, j’entre à peine, elle récite ce que je veux et tire mon café, sur le comptoir qui donne côté rue dépose un pain suisse donc au chocolat. Tout en déjeunant, je suis le défilé des passants, il est onze heures. Derrière moi, j’entends la boulangère. Elle reçoit les habitués.
“Le petit? Mieux?”
“Pour les assurances, j’ai réfléchi à ce que vous m’avez dit…“
Ou alors: “ça va?”.
Lequel reçoit pour réponse un “ça va”.
Mais le ton n’est pas ici à la formalité, l’échange minimum est entendu, chacun se réfère à des choses discutées.
Goutte d’or
Des enfants sur le palier. La porte est de planche. Je ne sais pas qui ils sont, je les entends, la cage d’escalier résonne. Pas adolescents, jeunes. Ils ne parlent ni ne crient, ils n’expriment ni joie ni colère, ils aboient. Ce que je lis désespérés dans les mails d’Aplo et Luv, phrases sans points ni majuscules, mots contractés, propositions distribuées au hasard trouve ici un équivalent oral: ils lancent une invective entre deux injures, mesurent la réaction de l’autre, recommencent. On croirait qu’il s’agit de tétaniser l’adversaire. Ce sont des enfants. Ils répètent un modèle adulte.
Devenir électronique
Le problème de la femme, c’est l’homme; et inversement. Cela occupe. Sans cette tension, que deviendrait l’espace où nos vies spectaculaires se déploient? Or, aujourd’hui, nos efforts de pointe, technologiques mais relayés et soutenus par les talents du discours, annoncent l’abolition des ces tensions et de leur portée essentielle. Autant dire que nous préparons non seulement une migration de la vie hors des frontière naturelles, mais une rupture avec l’état de possibilité auquel, volontaires maladifs, nous prétendions imposer la certitude.