Un médiocre ne combat pas une personne de caractère, il obtient qu’on la déjuge pour se mettre en position de raison.
Images
Les images impriment la rétine. Sur l’esprit, elles glissent. Parfois, elle l’emballent. Puis se défont. Alors que l’écrit pénètre, grave, accroche aux plis. D’un simple signe lu, l’esprit travailleur obtient reconstitution. De l’image, il reste ce qu’il reste: l’équivalent d’une gifle dont on se demande le motif.
Stations
Gala sur la voie du retour. Tous les jours, depuis seize ans, ce roman qui m’agace, m’angoisse, me défait. Je l’ai quittée à Genève le 29 février, je l’ai vue une heure dans un bar à la veille de mon retour en Espagne. D’un bar dans Figueras, elle écrit ce soir: “je viens de conduire 600 km, il en reste deux fois plus, il pleut, l’hôtel n’a pas la wi-fi”.
Direction
Voyons! Mon entreprise fait des bénéfices. Les perspectives sont bonnes. D’ailleurs, voici un nouveau client. Renseignements pris, il a de gros moyens. Je le reçois et le courtise. Il signe, consomme et paie. Il me revient, augmente sa demande. Je me vante auprès d’un ami. “Comment, s’exclame cet ami, tu l’as pour client? Tu sais qui est ce type?” Mon ami me l’apprend: mon client corrompt, vole, exploite. Ce n’est pas tout: il a plus d’un mort sur la conscience. Le lendemain, le client se présente à mon bureau, me remercie pour mes derniers travaux, m’invite à venir passer le week-end chez lui et m’annonce que nous en profiterons pour signer de nouveaux contrats. Avant d’avoir pu répondre à l’invitation, je croise mon ami. Il me reproche: “malgré ce que je t’ai appris, tu traites toujours avec ton client?” Et moi: “tu te trompes, ce n’est que mon client. Sa vie privée, ne me regarde pas!” “Mais enfin, dit mon ami, hier encore, dans le quartier…” Je ne laisse pas finir mon ami, je l’interromps:
- Je ne suis pas au courant.
Et maintenant, de la même façon, je dirige le monde, car, c’est bien connu, qui peut diriger une entreprise peut diriger le monde.
Post-démocratie
Si, de la campagne présidentielle qui se déroule ces jours en France, on retire les hommes et femmes politiques, apparaissent les commanditaires et bénéficiaires des programmes des candidats, lesquels commanditent et espèrent bénéficier du choix censitaire en fonction de deux et deux critères seulement: “vais-je augmenter mes revenus?” et “l’effort de guerre soutiendra-t-il les visées stratégiques du capital que je gère?”