Barrages

Rêvé hier qu’un bar­rage cédait. Les eaux m’emportent. D’autres naufragés, atteignent les berge, je glisse, me débats, me perds. Or, ce soir, comme je branche le disque dur que m’a offert Mon­a­mi, je choi­sis par­mi 500 films, sans pré­somp­tion du sujet, un doc­u­men­taire inti­t­ulé “Age­ing Amer­i­ca”… qui traite des rup­tures de barrages.

Admiration

Lorsqu’ils sont à l’oeu­vre dans mon périmètre, j’éprou­ve pour les autres une forte sym­pa­thie, non pas que la tâche soit orig­i­nale ou qu’elle m’in­téresse, mais j’ad­mire la fais­abil­ité et la joie sim­ple qui accom­pa­g­nent l’en­chaîne­ment des actes qui don­nent lieu aux choses, m’aperce­vant que moi aus­si, en un temps récent, j’ai fait et refait et con­tin­ué de faire dans les mêmes con­di­tions, avec cette même joie, mais que juste­ment, dégagé de l’oblig­a­tion de faire, je me con­sacre désor­mais à l’ad­mi­ra­tion, admi­rant que ceux qui font fassent parce que, pour moi, cela est devenu tout à fait insupportable.

Pinget

A côté du poêle, prof­i­tant du moment où la con­nex­ion inter­net de la munic­i­pal­ité fonc­tionne, je cherche des meubles d’oc­ca­sion répan­dus dans la mon­tagne entre la Navarre et l’Ar­iège, j’avale des bières et aus­si je songe, il avait rai­son (Pinget): tou­jours on fait ce qu’on a fait, qui est une chose, une seule et même chose, jusqu’à la fin — alors on vous assène un coup sur le crâne, car c’est assez, et la séquence s’in­ter­rompt. Reprise par un autre vivant, lequel engage une nou­veau jeu d’obsession.

Bombonne

A huit heures, le maire frappe du poing con­tre la porte.
-Suis au lit !
Je me réveille:
-Donne-moi dix min­utes!
Le temps de me ras­er, il entre avec son marteau-piqueur et attaque le socle de douche. La veille, après six heures de route, j’ai débal­lé, aspiré, récuré.
-Ouvre les fenêtre, il va y avoir de la farine!
Aus­sitôt, les meubles sont blancs, des éclats de morti­er giclent sur le tapis. Puis arrivent les plom­biers, à recu­lons, à bord d’un camion plus gros que la rue. Pour s’ex­tir­p­er du véhicule, il leur faut pass­er par la fenêtre.
-Jésus.
A son tour, l’autre tend la main.
-Et moi, je suis le frère de Jésus.
Je leur mon­tre les robi­nets que j’ai apporté de Lau­sanne (la semaine dernière, je me suis sou­venu que nous étions Mon­frère et moi dis­trib­u­teurs de matériel san­i­taire, société en liq­ui­da­tion mais tou­jours livrable).
-Si c’est du Suisse, fait Jésus, c’est pas de l’Es­pag­nol.
-C’est Alle­mand.
Il soupèse le mit­igeur, le fait réson­ner d’un coup de clef à mol­lette.
- En tout cas, c’est pas du Chi­nois.
Quand il a fini l’in­stal­la­tion, il regarde ma chaudière (je sais ce que c’est, parce qu’on a pris soin de me le dire: c’est une chaudière. Un mod­èle des années 1970 qui ressem­ble à un frigidaire).
-Où sont les bou­tons? dis-je.
-Mm? Der­rière… Mais il y a quelque chose que je ne com­prends pas. Jésus!
L’autre descend et con­firme:
-Oui, quelque chose ne va pas.
Il suit les tuyaux de cuiv­re et con­clut:
-Votre eau chaude, elle vient de chez le voisin.
-Il ‘y a pas de voisin.
-Alors vous avez une bom­bonne d’eau chaude.
-Non.
-Si, mais elle est cachée.
Et en effet, après avoir toqué con­tre tous les murs de la mai­son pour voir si l’un d’en­tre eux sonne creux, je décou­vre une trappe dans le pla­fond, l’ou­vre et voici une bombonne.

Destin

Après une longue séance d’écri­t­ure, il roula sur son cray­on et mourut.

Rassuré

Je reviens de la gare où j’ai bu sous les arbres, dans le noir, avec une famille qui chan­tait autour d’une petit radio. Par la route du col, je retourne à Agrabuey en écoutant un con­cert de RPWL. La voiture garée, je m’empêtre: toutes sortes de feux, d’écrans, d’aver­tis­seurs, qui me dis­ent de faire je-ne-sais-quoi (pas encore eu le temps de vision­ner le film qui explique le fonc­tion­nement de l’en­gin). Bref, je suis là, dans la nuit ne par­tie basse du vil­lage, mon sac de com­mis­sions à la main, quand arrive la femme du maire. Elle revient de la piscine avec une de ses filles. La sœur est dans la voiture du père, qui suit. J’embrasse la dame, le père place sa jeep, saute à terre et me tend la main. Puis il empoigne son fusil et véri­fie le chargeur. Nous nous souhaitons bonne nuit et ren­trons dans nos maisons. Voilà qui est rassurant.

Vente

Il y a ici des mag­a­sins où pen­dant les heures de vente le pro­prié­taire attend debout, les mains sur le comp­toir. Vous entrez, il vous sert. Puis il salue, ferme la porte et reprend la même position.

Heure

En toute sit­u­a­tion, j’aime à savoir quelle heure. Gala s’en agace. Surtout que je n’en ai rien à faire. Juste­ment: parce que je n’en ai rien à faire. Ayant con­sulté l’heure, je ne boude pas mon plaisir.

Martines 4

M’ac­com­pa­g­nant au park­ing, le patron de l’hô­tel:
-Où allez-vous encore?

Distances

Bout à bout, les routes des Etats-Unis per­me­t­tent de faire cent-soix­ante fois le tour de la planète.