En Inde, ce type nous suivait et nous conseillait, empressé, obséquieux, pour à la fin de la journée mendier de quoi acheter deux piles pour son walkman.
Chat débotté
Le chat vendit sa patte arrière, puis sa queue. A l’été, il échangea sa fourrure contre une livraison de lait. Pour récupérer sa patte, il brada ses moustaches et ses oreilles. Comme il se promenait, une bande de malvenus s’interposa. Il fit valoir qu’il était le chat du village. Les animaux qui barraient le passage s’esclaffèrent. “Du village, peut-être, dit leur mandant, mais encore faudrait-il que tu fus un chat!”
Manducation
Toujours impressionné par la subtilité physiologique du dispositif humain de manducation dans la détection d’éléments nuisibles au corps, même petits ou minuscules, ce qui apparaît mieux que jamais à la conscience lorsque l’innerve la drogue, l’alcool, la fatigue avancée ou quelque excitation naturelle mal enregistrée.
Citoyen
Ce que nous allons devenir, je l’ignore, mais ce que nous sommes devenus, les changements qui sur vingt ans nous ont affectés, les tares produites, je les vois et je m’en affole. Mais ce qui bien plus m’affole, c’est le faire-semblant, ce regard de fausse bonhommie porté sur le désastre qu’adopte la majorité en se jouant. Au jeu de la négation du bien, des acquis et du savoir, quelle limite? Celle qu’offre un corps vrai, amélioré par une société de bonne aloi, travaillée, historique. Ce que nous sommes — attention — devenus, précisons: en Occident. Ce qu’on nomme chez les amateurs de théorie politique “un citoyen”, mais je me trompe, le citoyen ne résiste plus, il s’estompe, il se simplifie, il fond. Il n’est plus que souvenir. Quelques-uns résistent; plus hommes que l’homme des rues, ils appellent cela la fin de l’homme. Viendront et viennent déjà les viennent-ensuite, ceux qui, mi-hommes, s’égayent de recommencer tout le cycle. C’est dire que Nietzsche avait raison de hurler ses concepts: pour rater le moment critique, nul doute: nous allons le rater!