Enfants 3

Le train à l’ar­rêt en gare de Dijon, le père véri­fie les valis­es. Auguste cri­ant devant lui:
-Papa, on est où?
-…
-Papa, on est où?
-…
Mais papaa, on est oùù?
-A Dijon.
-A Dijon? Pourquoi on est à Dijon?

Enfants 2

Dans le TGV pour Lau­sanne, une père avec sa fille et son garçon, blonds, petits, vol­u­biles. Le petit déclenche le moteur d’un canard.
-Auguste, arrête, on est pas seuls dans le train!
-Pourquoi, les autres ils font dodo?

Enfants

Place Saint-Bruno, à l’aube, dans une salle de café, un père à la barbe cul­tivée regarde une vidéo sur son télé­phone. En face, dans la pous­sette, son fils de un an, peut-être moins. Je com­mande un allongé, le bois, renou­velle la com­mande. Quand le père décroche enfin de son écran, il tourne le télé­phone vers le bébé. Celui-ci se redresse, impas­si­ble regarde la vidéo, puis se recouche. Le père va ensuite régler au bar. Tan­dis qu’il nous tourne le dos, je souris au bébé, qui aus­sitôt me répond. Le père revient, tourne la pous­sette pour sor­tir. Au moment où il va franchir le seuil, le bébé se tourne et m’adresse un signe de la main.

Dirigeants

Alors qu’il suf­fi­rait pour savoir ce qu’il faut faire et ne pas faire d’en­voy­er nos dirigeants une fois par trimestre aux Etats-Unis où ils auraient l’oc­ca­sion de met­tre en regard les images de pro­pa­gande de l’Em­pire et la réal­ité vécue par ses sujets.

Gave

Con­seil de Charles Gave, homme de finances, à qui l’an­i­ma­teur de ce site de réin­for­ma­tion demande:
-Pour finir, un con­seil pour la jeune généra­tion?
-Ne cherchez pas à gag­n­er de l’ar­gent, ceux qui veu­lent en gag­n­er n’en gag­nent jamais. Faites-ce qui vous intéresse!

Soleil

Paris-Bastille, neuf heures le matin, les clochards ivres un car­ton de bière forte sous le bras à qui la cais­sière du super­marché demande, “com­ment faîtes-vous pour être aus­si bronzés?”
-Nous sommes à la montagne!

Grenelle 2

Deux­ième jour d’en­traîne­ment. Couteau, bâton, pieds-poings. L’am­biance est décon­trac­tée, sym­pa­thique, cepen­dant sérieuse. Les experts défi­lent, je sup­pose qu’ils vien­nent don­ner une par­tie de l’en­seigne­ment entre deux péri­odes de tra­vail. Au terme de qua­torze heures de répéti­tion tech­nique, fin du stage; pour ceux qui le souhait­ent pas­sage de grade. La veille, j’hési­tais, et le matin encore — à tout pren­dre, j’es­saie et passe (de justesse).

Tact

Quit­tant le dojo en soirée, je me traîne épuisé rue de l’Ami­ral-Roussin. Pre­mier comp­toir, je désigne au patron les deux colones de pres­sion, 1164 et Kro­nen­bourg.
-Quelle dif­férence?
-Celle-ci, c’est de la pisse.
(A sept euros la “pinte” comme dis­ent les Parisiens, donc plus cher qu’en Suisse).

Grenelle

Dimanche, je quitte l’ar­rière-bou­tique, je monte dans le train, je suis à Paris. A la Goutte d’or, Gérard tou­jours aus­si aimable me tend la clef de l’ap­parte­ment com­mu­ni­quant, celui des vis­ites et me répète le rit­uel: “voici la ser­rure, ceci est votre porte, ici c’est la mienne, vous faites comme chez vous”. La nuit tombe lorsque nous sor­tons. L’air est chaud et humide, les rues plus calmes qu’à l’habi­tude. Nous allons dans ce bar à vins, pâtés et saucis­sons autre­fois tenu par Mouloud et que le nou­veau patron, Yas­sine, à trans­for­mé en restau­rant de tapas. Sur la ter­rasse, les mêmes clients que l’an dernier et l’an précé­dent, amis de Gérard. L’ou­vreuse de ciné­ma, l’in­tel­lectuel mar­ié à une fille de Léon et une déco­ra­trice marchande de couleurs biologiques — comme elle s’é­tait arrêtée à l’au­tomne dernier, la dis­cus­sion reprend. Sauf que je suis anx­ieux. Le stage de com­bat débute le lende­main, au matin et par­courant la carte je n’y trou­ve pas ce qu’il faudrait, des pâtes, du riz, des patates. Puis je me promet­tais d’é­conomiser la bière. Quelques min­utes plus tard, j’en suis au deux­ième litre. Arrive une salade de pieu­vre à l’ail. Le genre de plat à éviter. La bouche sèche, je m’en­dors pour me réveiller bien­tôt et boire, et boire encore, et ain­si, toute la nuit. Avant que  ne reten­tisse la son­ner­ie du télé­phone, je suis sur pieds. A huit heures, je charge mon bar­da et attrape sur les con­seils de Gérard un métro à Mar­cadet-Pois­son­niers. Le dojo est dans le XVème. En per­spec­tive, la par­tie supérieure de la tour Eif­fel. Sur les bancs, je suis seul, équipé de ma coque et des jam­bières, laçant les chaus­sures, véri­fi­ant la tenue. Peu avant l’heure, entre dans le ves­ti­aire un jeune au crâne rasé que l’on ver­rait volon­tiers sur une pochette d’al­bum Oï. A y regarder de plus près, il pour­rait aus­si jouer un rôle mutant dans un film de sci­ence-fic­tion. Il est polici­er — nous sym­pa­thisons. Main­tenant, il est dix heures. Dans la salle, autour d’Alain For­mag­gio, un homme en béquilles, un gar­di­en de prison et un mon­sieur chenu à bar­bi­chette qui se présente: il est skip­per et a été mal reçu dans le port de Mala­ga, ville où je lui dis habiter. L’in­struc­teur en chef ayant fini l’an­nonce du pro­gramme, il présente ses assis­tants. Le blessé est qua­trième dan, le skip­per cein­ture noire. Pre­mier com­bat, le jeune polici­er mar­tien me soulève. Je tombe de haut, sur l’oreille.

Savoie 2

En début d’après-midi, nous sommes au vil­lage d’Abon­dance. Il y a dix-huit ans, j’y pas­sais pour la pre­mière fois. Par­ti du squat de Genève à vélo, pré­ten­dant rejoin­dre en une fois, par Cham­péry, Mon­they puis le col des Moss­es, la ferme famil­iale — une folie. Il y a deux ans, Aplo s’étab­lis­sait ici pour suiv­re deux ans d’é­tude en interne après avoir été inter­dit de pour­suite d’é­tudes à Fri­bourg. La même année, j’y venais à pied, par le col, afin d’éviter un con­trôle de douane et ren­trais en Suisse de la même façon. Aujour­d’hui, c’est plus tran­quille. Je me gare, je fais quelques pas avec Gala au bras, nous buvons. Mais alors nous vient l’idée saugrenue de remon­ter le fil du sou­venir et de se ren­dre dans la Val­lée verte, au Lac du Val­lon, où nous avions l’habi­tude petits d’emmener ski­er les enfants.
-Non, non, ras­suré-je Gala, c’est à vingt min­utes!
Or, non seule­ment c’est faux (en général) mais ce jour-là, à peine atteint le vil­lage de la Vacher­esse (que je con­fondais avec la Chèvrerie), nous trou­vons la route bar­rée. Réflexe nor­mal: “Il y a une dévi­a­tion? Bah! Affaire de quelques kilo­mètres!” Pas dans la France de 2018. Vingt kilo­mètres. Nous voici dans une autre val­lée, for­cés de redescen­dre jusqu’au lac Léman, à la hau­teur de Thonon, au milieu des hangars plas­tique. Trois heures de route en lacets pour voir le Vallon.