Aurora

Revu dans la colonie mil­i­taire de la zone 13 Hec­tor, le gar­di­en d’hô­tel cycliste ren­con­tré l’an dernier avec qui j’ai cor­re­spon­du toute l’an­née – sans rien dire. J’ap­porte à boire, il ne boit pas. Nous par­lons vélo. Il écoute. Ce week-end, il prévoit un cir­cuit de 198 kilo­mètres au départ d’An­tigua. Sans habit ni chaus­sures ni vélo, je décline. Puis j’ai vu le pays, des murs, encore des murs, jamais un mètre de plat. Alors que dans le nord, vers Petén. Hec­tor ne con­naît pas la région maya, il n’a jamais quit­té les alen­tours de Guatemala-ciu­dad. Je lui laisse enten­dre que nous pour­rions reli­er le Yucatan mex­i­cain à tra­vers des pistes de jun­gle ; et me demande: « pourquoi pas ? ». Enfin j’ap­pelle un taxi. Autre hôtel, moins cher que celui que gar­di­enne Hec­tor. Plus minable aus­si : cham­bre sans fenêtre dans une vil­la adossée au poste de con­trôle de la zone mil­i­taire. N’ayant rien mangé depuis le matin, et puisqu’il n’y a que des chips et du Coca-cola dans cette zone 13 (alcool inter­dit), j’éteins, je m’en­dors. Et me réveille pour mon­ter dans un Uber com­mandé par le gar­di­en (chaque hôtel périphérique de l’aéro­port d’Au­ro­ra à son gar­di­en, fac­to­tum chargé d’aider les clients, veiller à la sécu­rité, don­ner et repren­dre les clefs, encaiss­er et con­seiller, et seul homme à bord), mais le tra­jet a été mal pro­gram­mé, le chauf­feur s’en­gage dans un traf­ic décourageant, dense, immo­bile et je finis par sor­tir faire la cir­cu­la­tion sur ce car­refour blo­qué par une enfilade de semi-remorques qui se sont don­nés la con­signe à la CB : “pare-chocs con­tre pare-chocs direc­tion l’au­toroute et on ne laisse pass­er per­son­ne ! ». Six heures plus tard, tou­jours rien mangé, cela fait main­tenant 37 heures, j’aboutis à Izta­pa, ville-poubelle sur un port de glaise où mouil­lent des paque­bots marchands.

Lac Petén Itzá 3

Soirée avec Alex, ten­ancier du Brisas, un demi-gang­ster lus­tré au gel mou, petite mous­tache, que j’ai con­nu l’an dernier et d’en­trée rabrouer quand il me pro­po­sait aimable de pass­er côté lac pour boire ma Gal­lo et que je bougonnais épuisé par les quinze heures de bus Chetumal-Belize-Flores.

Tikal

Vis­ite.

Lac Petén Itzá 2

Prom­e­nade en bar­que sur le lac. Aplo manœu­vre, con­tourne les îles flot­tantes, ralen­tit quand un iguane appa­raît sur un palmi­er et relance vers l’épicerie lacus­tre. La bar­que s’en retourne au port. Nous par­tons pour un petit tour archéologique en jun­gle cher­chant l’en­trée du sen­tier, nous a‑t-on dit, « là où vous ver­rez les pop­u­la­tions de deux vil­lages s’af­fron­ter au foot”. Pour ce qui est de l’archéolo­gie, ce n’est pas Machu Pichu, juste des tas de pier­res sur­mon­tés de toiles de tente, mais l’am­biance est verte, ani­mal­ière, soli­taire. Revenu à l’épicerie, instal­la­tion par­mi les buveurs du dimanche. Ils ne sont pas ivres, ils sont saouls. Ils ne sont pas saouls, ils tour­nent sur eux-mêmes, ils versent, ils se relèvent, c’est un spec­ta­cle, il n’est pas sans dan­ger. Débar­que sur un pick-up un cou­ple de mal­abars encore plus alcoolisés. Je repère la machette de celui qui va nu. Il la dresse et l’a­bat sur notre table avec une force qui fait trem­bler la bou­tique. Mon voisin tombe au sol, gueule, se fâche, et ras­sure : « pas de risque, c’est un ami ! ». Mais l’a­mi s’ap­proche d’Ap­lo qui avec un autre ivrogne joue à la machine à sous (mise 1 quet­zal) et dresse la machette entre eux deux. Puis tout le monde rit, l’on reprend une tournée.

Lac Petén Itzá

Cham­bre à baie vit­rée sur un toit de l’île de Flo­res. Vertes et bleues les bar­ques de bois filent sur le lac, les pois­sons dansent dans l’eau grise sous notre ter­rasse l’i­non­da­tion des rues n’ayant pas reculé depuis ma vis­ite en 2024.

Evola

Échange suivi avec Evola demeu­rant sur la rive gauche du fleuve Aral, en Aragón. Il pleut. Il con­tin­ue de pleu­voir. Jamais il n’a autant plus. Les bar­rages débor­dent. Mes amis du club cycliste d’A­grabuey con­fir­ment: “c’est une noy­ade¨”. Depuis quinze jours, Evola est blo­qué à Piedral­ma. Le bois manque. Le frigidaire est débranché. Ce n’est pas grave, il était vide. Son mes­sage: “dîn­er de con­serves est las­sant”. Aus­si, le médica­ment pour l’in­testin manque, il par­le de son coupe-brûlures: “je n’en ai plus et il va encore pleu­voir pen­dant dix jours!” Ensuite, il devra atten­dre la décrue pour franchir la riv­ière en voiture, surtout si la pluie recom­mence de tomber, comme dis­ent les prévi­sions. Mais ras­sure Evola: “ça va, je suis entraîné, au pire je peux jeûn­er dix jours, et même trois semaines”.

Dieu

Place un pan­neau dans un désert, les naïfs tomberont dedans.

Post-marxisme

Haber­mas, de la cri­tique wébéri­enne de la sci­ence comme idéolo­gie au marchep­ied du total­i­tarisme. Idéal­iste devant la langue, ce moyen émérite d’A­gir com­mu­ni­ca­tion­nel, féru d’u­ni­ver­sal­ité, l’Alle­mand d’un autre siè­cle cau­tionne la dota­tion en pou­voir d’in­stances hors-sol inté­grées par des malveil­lants, des mau­vais, des traîtres, nom­mé­ment l’U­nion Européenne.

Bruit

Que toutes les idées bril­lantes des gens bril­lants parce qu’elles sont incom­pris­es ou mal com­pris­es diri­gent le monde vers un des­tin incertain.

Direction Petén

Vol pour Flo­res. Notre bil­let lim­ite le poids du bagage à 4 kilos. Nos noms sont appelés. Avant de me ren­dre au comp­toir, je sors de mon sac ce qui l’alour­dit: sac de câbles, ordi­na­teur, pro­duits de toi­lettes. Sur la bal­ance, il pèse encore 14 kg. L’employé: “retirez tout ce qui dépasse le poids autorisé et revenez me voir!”. Chose faite, mon sac pèse les 4 kilos régle­men­taire. Aplo procède de même, il passe le con­trôle. Soulagé, il con­state alors : “voilà quelqu’un qui respecte la lib­erté des individus!”.