La destruction de la raison, de la culture et du bon sens est un programme conduit par des gens rationnels, cultivés et sensés. Jusqu’au jour où ils meurent et que s’ensuit-il? Ce qui a été détruit, la raison, la culture, le bon sens, est irrécupérable.
Un historien
Un homme toque à ma porte. C’est un vieux monsieur, barbichu et voûté, il entre d’autorité, la canne devant, s’installe au salon: “Francisco a dit que je devais vous connaître!”. Et de me raconter sa vie depuis l’enfance en insistant sur la période post-franquiste et la fouille des archives des tribunaux militaires. Si j’interromps, il reprend où il a laissé. Cela dure une heure et deux heures. Et promet de durer car le monsieur annonce à chaque détour de phrase, “c’est une autre histoire, j’y reviendrai après”. Comme je ne suis pas encore douché et qu’il me faut une excuse, je finis par lâcher: “il faut que je me douche”. Alors le monsieur se lève non sans annoncer: “je reviendrai, nous avons beaucoup de chose à partager!”.
Université
L’instruction apprend aux enfants à distinguer une fourchette d’un couteau, un couteau d’une cuillère, une cuillère d’un couteau et d’une fourchette. Et à les ranger dans des compartiments distincts. Puis vient l’Université. Elle enseigne aux plus instruits qu’une cuillère est peut-être une fourchette à moins qu’elle ne soit un couteau.
Nocturnes
Enfin je m’endors et je rêve. Je rêve que j’ai de la peine à m’endormir. Doutant si je veille ou je dors, je surveille la porte de la chambre à coucher, derrière se produisent des événements. Par exemple ceci, un inconnu déclenche un kaléidoscope. Ce que je vois, est-ce que je le rêve? Pour le savoir, j’entreprends de confronter ce que je suppose se produire derrière la porte de chambre avec les indices (ce qui entre dans le champ de vision). “Et voilà, me dis-je, j’ai bien vu, je ne rêve pas: un imbécile déclenche un kaléidoscope derrière la porte de ma chambre!”. Aussitôt je me réveille.