Montherlant

Proche du car­ac­tère qu’in­car­nait, par sa per­son­ne et dans son œuvre, Hen­ry de Mon­ther­lant, non pas, bien enten­du quant à l’am­biva­lence sex­uelle, mais quant à la con­ju­gai­son impos­si­ble et revendiquée du pes­simisme et de la soif de per­fec­tion . Pré­ci­sions, per­fec­tion morale “sans valeurs” ni sys­tème pra­tique, qu’il soit adossé à une reli­gion ou à une philoso­phie. Ce que j’ai cou­tume d’ap­pel­er le volon­tarisme et qui ressort à une sorte de diges­tion incon­sciente de la théorie de la grâce protes­tante: savoir que l’on est  peu, que l’on est à peine, que le néant précède et suit, que règne l’ar­bi­traire (pour moi plus physique que théologique il va de soi) et tenir héroïque­ment son rôle d’homme des­tiné à la mort (comme dis­ait Sartre, lui aus­si, à bien des égards proche une fois ôté le mil­i­tan­tisme révo­lu­tion­naire et les engage­ments pré­cip­ités). “Il faut, écrivait Mon­ther­lant, n’être de rien, n’être à rien, n’être rien.”

Hésitation

Hésiter, dans la vie? Surtout pas. Car si on apprend peu de ses doutes, on apprend beau­coup de ses erreurs.

Décantation

Si nous autres Suiss­es espérons vivre demain aus­si bien ou, si l’on préfère, aus­si mal qu’au­jour­d’hui, le réquisit pre­mier est d’ad­met­tre qu’il n’y a pas de démoc­ra­tie dans notre pays, encore moins en Europe.

Vladimir

Ces jours, me saisit à nou­veau une forte émo­tion en pen­sant au courage d’un Vladimir Boukovs­ki. Des textes com­plets de sa con­fes­sion de pris­on­nier pub­liée à l’époque sous le titre “Une nou­velle mal­adie men­tale en U.R.S.S., l’op­po­si­tion” me revi­en­nent en mémoire. Voilà l’homme qu’il faut inviter dans les écoles.

Etudier

Pro­fesseurs, tenus aux règles de la charge, for­cés de trans­met­tre en tant que pièce majeur de l’é­cole-out­il la pen­sée cri­tique sur la foi de textes lit­téraires imposés par une hiérar­chie idéo­logue — si cette com­pro­mis­sion ne me sem­blait mépris­able, je les plaindrais. Me revient en mémoire cette dis­cus­sion qui eut lieu sur les march­es du Col­lège du Belvédère de Lau­sanne, l’an­née de mes quinze ans, comme nous atten­dions, élèves et pro­fesseurs, l’heure de ren­tr­er en cours. Le maître de classe demandait à la ronde ce que cha­cun ferait l’an­née suiv­ante la dernière année du cur­sus oblig­a­toire venant bien­tôt à son terme. Appren­tis­sage, école pro­fes­sion­nelle, cha­cun fit réponse. Il se tour­na vers moi.
-Quit­ter le plus vite l’é­cole afin d’é­tudi­er, lui dis-je.

Mousse

Gala ne marche plus. Même dix mètres. J’ex­agère. Cinquante, cent, pour peu que j’in­siste le dou­ble, mais alors cela hypothèque sur deux ou trois jours tout autre déplace­ment, aus­si allons-nous en voiture, d’im­meu­ble en immeu­ble, d’une rue à l’autre, ce qui revient à intro­duire sa vie dans le labyrinthe des lois, règles, traces, signes, cet alpha­bet d’in­ter­dits absur­des que le pié­ton peut, moyen­nant d’avoir cul­tiv­er son art, trans­gress­er, mais que faire, l’al­ter­na­tive n’é­tant pas de l’or­dre des pos­si­bles, et puis c’est elle qui con­duit, c’est sa voiture, c’est ain­si, de sorte que l’Hol­i­day Inn quit­té, nous lon­geons le pâté d’im­meubles pour se gar­er de l’autre côté de l’av­enue et pénétr­er dans une brasserie aux salles voûtées et pla­fonds peints où Gala demande à la serveuse en cos­tume bavarois une bière “wenn es möglich is mit wenigem Schaum”, ce qui revient à deman­der une fon­due sans fromage.

Sortir

Il y a des gens qui sor­tent le chien; moi, je sors les cac­tus et les ren­tre le soir.

Capitulation

“Une capit­u­la­tion, écrit Péguy, est essen­tielle­ment une opéra­tion par laque­lle on se met à expli­quer au lieu d’agir.”

Allemagne 2

Une seule fois j’ai vu la voiture de Gala. Petite, grise, française, Cit­roën je crois. La précé­dente, une Hon­da fon­cée et plate, nous avons roulé des nuits entière à son bord, cher­chant où couch­er, où s’en­fer­mer, se cacher, emprun­tant des apparte­ments, des cham­bres et même un château pour le week-end, par­fois loin de Genève, ou roulant dans l’herbe une cou­ver­ture sur le dos, le pas­sage d’une voiture à l’autre cor­re­spon­dant bien au change­ment de nature de notre rela­tion, plus com­pliquée et dis­parate que jamais et c’est elle, cette voiture grise pareille à toutes les autres que je guette du fond du hall de récep­tion du Hol­i­day Inn de Berg Am Laim, qui sur­git en effet dans l’al­lée autour de dix-huit heures, pointant du nez à gauche à droite comme je me pré­cip­ite pour faire des gestes d’ac­cueil, n’é­tant pas vu, redou­blant de vigueur. Gala sort de la voiture et, comme si elle me trou­vait par hasard, dit:
-Tu es là?

Armstrong

Dans son auto­bi­ogra­phie, Lance Arm­strong, le cham­pi­on cycliste, fait l’éloge de la com­pag­nie Nike, ren­voy­ant toutes les cri­tiques qui pleu­vent sur les multi­na­tionales; atteint de can­cer, il dit n’avoir jamais été lâché par ce spon­sor, plus que cela et mal­gré le fait qu’il ne pour­rait peut-être jamais plus courir, il racon­te avoir été soutenu morale­ment et finan­cière­ment, décrivant une rela­tion placée bien au-dessus des enjeux de pou­voir, opin­ion à con­tre-courant de la car­i­ca­ture et d’au­tant plus intéres­sante qu’elle con­traste avec ce que rap­porte par exem­ple Michael Moore de ce ren­dez-vous avec le PDG de la mar­que qui tout en con­nais­sant la démarche du réal­isa­teur le reçoit avec sym­pa­thie, mais refusera tou­jours de le suiv­re dans la vis­ite de ses pro­pres fab­riques aux Philip­pines. Juge­ments qui réflex­ion faite ne sont pas exclusifs dans l’ap­proche néo-libérale laque­lle ne conçoit pas les règles du jeu comme rel­e­vant de l’universel.