Lundi

Ven­dre­di com­men­cent les fêtes du vil­lage, messe, bain de mousse, sor­ties à cheval et messe. Occa­sion de retourn­er à la bière. Lun­di, je m’assieds pour trente jours et j’écris l’es­sai. Ne me manque qu’un livre de Hayek, L’or­dre sen­si­ble, dans lequel il expose sa théorie de la con­nais­sance; or, il pour­rait bien con­stituer le piv­ot entre l’ap­proche des sci­ences cog­ni­tives, le posthu­man­isme et la poli­tique néolibérale. En ligne, ce texte que per­son­ne ne sem­ble lire coûte Fr. 150.-, en librairie, un des mes aimables amis est allé se ren­seign­er: un mois d’at­tente, dit la libraire. A l’in­stant, je viens d’écrire à une des amies étu­di­antes à Fri­bourg dont la pas­sion intel­lectuelle est si impéra­tive qu’elle ne s’éloigne jamais beau­coup de l’u­ni­ver­sité. Elle pour­rait en pren­dre une photocopie.

Vélo

Vingt kilo­mètres d’as­cen­sion sur un chemin de pierre à tra­vers les val­lées occi­den­tales. A la base des som­mets, coulant sur les bor­ds des prairies, le même sable roux que sur les plages d’Andalousie. 

Unamuno

Rien de plus bruyant qu’une tablée d’Es­pag­nols. Ils ne dia­loguent pas, ils mono­loguent — tous ensem­ble. Ce qu’avait remar­qué Miguel de Una­muno allant jusqu’à inven­ter le terme (qui fig­ure je crois dans son roman Niebla): “monodi­a­logue”.

Melon

“Le Mel­on a été divisé en tranch­es par la nature pour être mangé en famille”, Bernardin de Saint-Pierre.

Philosophie

Un philosophe est quelqu’un qui n’ac­cepte pas la réal­ité. Il la cherche. Comme il n’est jamais pre­mier, il la cherche dans les livres. S’il pro­gresse dans la raison­nement, il le con­tem­ple à tra­vers le lan­gage. Se pose alors la ques­tion de la dis­tance entre le lan­gage et la réal­ité qui est l’ac­tion. Mais s’il entre en scène, pénètre dans la cité, il entre en poli­tique. De la philoso­phie à la poli­tique, il n’y a pas de passage.

Eté

A Genève, pen­dant l’été, il y a une Poésie municipale.

Navette

Instal­lé dans ma mai­son comme dans une navette spa­tiale, à bord du canapé, un écran devant les yeux, des livres et des tapettes à mouche sur les accoudoirs, la cui­sine en arrière, la salle d’eau devant, le lit en soute.

Enfants

Inquié­tant ce ren­verse­ment du rap­port par­ents-enfants; les adultes de deux généra­tions déploient tout leur tal­ent pour amuser l’en­fant. Me vient à l’e­sprit l’im­age peut-être car­i­cat­u­rale de Vic­tor Hugo, grand pré­ten­tieux à barbe assis dans son fau­teuil que l’en­fant a le devoir d’aller saluer.

Contrôle

“Le con­trôle, en toute matière, aboutit à vici­er l’ac­tion, à la per­ver­tir […], dès qu’une action est soumise à un con­trôle, le but pro­fond de celui qui agit n’est plus l’ac­tion même, mais il conçoit d’abord […] la mise en échec des moyens de con­trôle”, Paul Valéry, Le bilan de l’intelligence.

Religion

Pour par­ler, en ces jours d’é­tudes et de réflex­ion sur la cat­a­stro­phe humaine que représente le post-libéral­isme, comme les philosophes ana­ly­tiques, lesquels m’a­ga­cent depuis que je me suis intéressé il y a trente ans à Wittgen­stein (ou plutôt, que l’on a cher­ché à m’y intéress­er au nom du pro­gramme mon­di­al anglo-sax­on), que je dise “com­pren­dre ce que nous visons comme offen­sive con­tre la rai­son me ras­sure” ou “croire com­pren­dre ce que nous vivons comme offen­sive con­tre rai­son me ras­sure” revient au même quant à l’ef­fet : un sen­ti­ment de sat­is­fac­tion et de con­trôle. Mais cette sim­i­lar­ité de l’ef­fet implique qu’avec la philoso­phie on est encore et tou­jours en reli­gion, la nature des posi­tions intel­lectuelles rel­e­vant tout au plus de degrés dans la cré­dulité. Houelle­becq paraît alors tout jus­ti­fié de dire, “l’Is­lam est quand même la reli­gion la plus con”. Il fait j’imag­ine référence à la loi (enfin, la Loi), chez ces fidèles au rit­uel mécanique qui sont aujour­d’hui dans la même sit­u­a­tion que nous autres Occi­den­taux au VIème siè­cle AV‑J.C. quand la loi (civile cette fois) n’ex­is­tait qu’en tant que loi réc­itée par un lecteur. Car si leur Loi est écrite, ils sont sans pos­si­bil­ité de véri­fi­ca­tion étant admis que la majorité des musul­mans, pour des raisons de langue, n’ont pas l’in­tel­li­gi­bil­ité du texte fondateur.