Après six jours d’un travail de correction de l’essai Hommemachine, je m’assieds sur notre terrasse de Galluzzo et me découvre silencieux, inquiet, angoissé. Gala parle, je ne suis pas. Elle sert, je mange à peine. Elle verse du vin, je bois de l’eau. J’ignore si les prochains lecteurs de cet exposé sur la clôture sociale par le neuromarketing, le libéralisme dévoyé et la robotique feront la même expérience, mais pour moi, je suis assommé. Sur trois chapitres, les raisonnements sont boulonnés. Violente la charge. Et quand on réécrit, impossible de négliger un passage, de papillonner, il faut se pénétrer de chacun des arguments, les soupeser, au besoin les renforcer. D’où cette étrange intoxication. Quelque six mois après la première rédaction du texte, je le lis sans pouvoir me départir du sentiment qu’il dit vrai. Or, ses thèses étant les miennes, c’est dire avec quelle puissance elles emportent mon adhésion. Avec pour effet paradoxal la confirmation objective de mes pires attentes.
Camp du bien
Cher amis, depuis quelques jours des robots de la multinationale scannent ces pages de notes. Ils viennent de me délivrer un avertissement pour opinions non-conformes “sur la plainte de certaines personnes”. En cas de fermeture, j’indiquerai par une voie ou une autre mon parage d’immigré.
Ordinateur
Le livreur avertit qu’il passera dans l’après-midi. J’attends, je n’attends plus. A mon retour, je trouve l’ordinateur de bureau. Jeté par dessus le mur, il a atterri dans la cour. Je le branche, il ne s’allume pas. Je remplace le cable, il s’allume. C’était le cable. L’ordinateur marche.
Cours de langue
S’agissant de l’apprentissage de l’Italien, j’avais une appréhension. Comment faire pour éviter la confusion avec l’Espagnol? Pourtant, j’ai commencé mes leçons, dans le jardin, en matinée, une heure chaque jour et, miracle, pas une seule fois je n’ai songé à l’Espagnol. L’Italien me renvoie immédiatement au latin, lequel remonte sans peine à la mémoire.
Italie X
Etre à Florence, ou plutôt à Galluzzo, dans les faubourgs, sans se rendre nulle part, et moins encore au centre de la ville où vont les cortèges de visiteurs, produit un sentiment mitigé d’inscription forte dans le paysage accompagnée d’une progressive ignorance du pays dont il fait partie.