Régulier

Journées heureuses, quelque peu léthargiques, cepen­dant prof­ita­bles: levé à midi, j’é­tudie l’i­tal­ien, lis La guerre des Gaules, puis m’oc­cupe de la haie (que je tonds au ciseau de cui­sine), après quoi, le génie retrou­vé, Gala cui­sine d’ex­cel­lents Riga­toni. Douze heures de som­meil précè­dent, une heure de sieste s’en­suit. Réveil­lé, je vais chercher notre eau minérale et munic­i­pale, six litres — la nuit tor­ride exige que l’on boive — et enfin (le temps passe vite), quelques livres dis­posés sur le plateau de table au jardin, j’ou­vre des bières Moret­ti et con­tem­ple la nuit.

Langue

En ital­ien, noms sans équiv­a­lent dans l’autre genre: il boia (le bour­reau), l’ostet­ri­ca (la sage-femme).

Compromis

Le corps entier com­mandé par la rai­son, Kant à l’oc­ca­sion se débar­ras­sait de ce prob­lème sim­ple qui com­mande au corps en allant aux putes.

Transitivité

Fac­ulté des indi­vidus sans tal­ent à recon­naître sur désig­na­tion le génie.

Romains

Effet du stoï­cisme sur la vie, on ne peut voir plus loin que les lim­ites héroïques qu’il impose.

Entreprise

Same­di passé, pique-nique pour les employés de Fri­bourg dans la forêt du Bois-de Croix. Venu de Lau­sanne, je peine à trou­ver des glaçons. Après deux échecs en sta­tion-ser­vice le long de la route du Lac, j’en prends vingt kilos à Châ­tel-Saint-Denis que je déverse dans les glacières embar­quées à l’ar­rière de la Dacia. Rue du Jura, près de notre kiosque, je me four­nis en vian­des, puis récupère C. et sa femme, les chefs de dis­trict. A l’heure du ren­dez-vous, nous sommes sous les arbres. Autour des vastes tables de bois, une con­gré­ga­tion de dames vieilles, d’ex­cel­lente humeur, parta­gent un vin blanc à l’oc­ca­sion d’un anniver­saire. De l’une des par­tic­i­pantes, voûtée et chenue, j’en­tends cette phrase qui m’en­chante: “Moi, dans ma ferme…”. Arrivent ensuite de jeunes fêtards et deux les­bi­ennes qui se bec­quot­tent sur un tapis de yoga. Nous avons allumé un feu, posé nos patates. Mais le temps se gâte. Les nuages cèdent, tombe une pluie drue. Les jeunes aban­don­nent. Priv­ilège de l’âge, nous per­sévérons. Comme il se doit, le ciel s’é­claircit. Vient le Pris­on­nier, autre­fois col­lègue de cel­lule de mon papa, puis cet employé que je ren­con­tre pour la pre­mière fois, P. C. Plat, blond, tatoué, mas­sive­ment tatoué, il a sa boucle dans le nez, des cav­ités dans les oreilles, mange “veg­an” et par­le dans les meilleurs ter­mes de la musique out­ran­cière qu’il aime et fait (il est musi­cien), et que j’aime et j’é­coute, bien inca­pable de la faire. Ain­si, dans la lumière finis­sante et l’hu­mid­ité, puis dans le noir, nous buvons  en excel­lente com­pag­nie, jusqu’à minu­it, une palette de Lowen­braü et du Chi­anti. Plus périlleux le retour, seul, en voiture, par l’au­toroute déchirée d’é­clairs à hau­teur de Bulle, le capot frap­pé de grêle. A Lau­sanne, je trou­ve Gala, juste réveil­lée. Nous ouvrons des bouteilles et devi­sons, heureux et désordonnés.

Bonheur

Très heureux ces jours, sans horaire ni règles, et amoureux. Rien de plus souhaitable qu’une vie courante, aux pris­es avec l’aléa­toire, vécue au rythme de ses envies. Ce dont je fais état, par con­traste avec mes jours de dure sagesse, en Andalousie, le plus sou­vent seul, ces dernières années.

Union

Le dégoût qu’in­spire au peu­ple pre­mier, hon­nête, posi­tion­né sur le ter­ri­toire ances­tral, la veu­lerie crim­inelle des pou­voirs coop­tés qui bradent pour un avan­tage de classe l’avenir des habi­tants de l’Eu­rope s’ac­cu­mule si bien ces jours dans les corps qu’il ne saurait tarder à pro­duire un sché­ma néfaste.

Sinusoïdales

Gen­til­lesse des Flo­rentins. A l’oeu­vre, un génie sim­ple. Autant sont rec­tilignes, for­mal­isées et pres­santes les per­spec­tives qui dessi­nent le corps majeur de nos sociétés d’as­cen­dance ger­manique, autant sont curvilignes, organiques et  négo­cia­bles les tra­jec­toires que trace au sol la rou­tine des Ital­iens — note que je prends à mon détri­ment, plom­bé que je suis par un atavisme nordique.

Liberté

Lib­erté d’ex­pres­sion sig­ni­fie et ne peut que sig­ni­fi­er: toute opin­ion que per­met de for­muler la langue ver­nac­u­laire, celle que les mem­bres d’une même pop­u­la­tion ont en com­mun et entre­ti­en­nent pour que com­mune elle demeure, a droit de cité.