“On nous dit que “sortir de l’Europe, c’est sortir de l’Histoire”, utilisant le même paradoxe cynique qui faisait dire aux gouvernants d’Orwell “l’esclavage, c’est la liberté”. Car c’est précisément parce que l’Europe institutionnelle est sortie de l’Histoire (en récusant la diversité, le pluralisme, le débat, le risque, donc les événements) que de nombreux groupes voudraient sortir de l’Europe.” Chantal Delsol.
Puente
Au milieu de la nuit, dans un bar dont nous avons fermé les portes pour boire et fumer, la poète Celia me lit ses textes, des vers sonores et dures qui chantent la terre d’Aragon, les pacages et l’eau.
-Quand écris-tu?
-Tout le temps.
Je connais.
Plus tard, je lui raconte Détroit, le mois de balade dans la ville.
-Je me récitais ce que je voyais. Cela rend invisible.
-Tu n’en a pas besoin, me dit-elle. La grâce t’accompagne. Il ne pouvait rien t’arriver.
Numériques
Les journalistes de la presse quotidienne (du bout des lèvres, craignant de perdre ce qu’il leur reste d’indépendance) posent la question: “faut-il démanteler les multinationales du numérique?”. C’est l’Union Européenne qu’il faut démanteler. Le pouvoir extraordinaire de la nouvelle économie tient d’abord à l’absence d’un contre-pouvoir. Plutôt que de sanctionner la réussite capitaliste — au nom de quoi? — il s’agit de soustraire les représentations politiques aux lobbies pour les rendre aux nations et aux peuples.
Village
L’épicier installe son échoppe sur la place. Après les aînées, Luz prend son tour. Pour le bar du village, elle achète du merlu, des moules, des pommes, des olives… la liste se termine par du pain, du jambon, du fromage. L’épicier encaisse:
- Quand j’aurai fini, tu pourrais me préparer un sandwich jambon-fromage?
-Au bar?
-Au bar.