Longs jours à l’activité régulière. Les citadins partis, les oiseaux sont de retour. L’air est frais. Puis il pleut. L’air est tiède. Le paysan place son troupeau sur l’adret. Les cloches des moutons résonnent dans les nuages. Au jardin, le prunier à si bien poussé qu’on ne voit plus le jardin. Il est rouge et flamboyant. J’ai retrouvé le manuscrit OM. Comment ai-je pu écrire ce livre et l’oublier aussitôt? Je l’ai envoyé à l’imprimerie. Il est à nouveau dans le tiroir. Une année et demi après la première inondation, la mairie a envoyé hier plombiers et maçons réparer la conduite extérieure: je vais pouvoir assécher mon mur.
Ce pays
Aussitôt franchie la frontière, tracés par une voiture banalisée de la police autrichienne. Un sbire à moustache invective en dialecte. Sa compagne immigrée, les jambes écartées comme le veut le protocole, se régale. L’agent fouille, contrôle, lève le capot, et jubile: “les papiers, die Führerschein”, pas en ordre! Il emmerde et moralise, et me soutire Fr. 360.-. “Vous êtes une maffia”. Il comprend, ne dit pas “non”. Sauf que je répète. Il se fâche, sort les menottes, les montre. Mais il a l’argent. C’est l’essentiel. Il empoche. Cela se paie tout de suite et en liquide. Je demande à voir son badge. Mais qu’est-ce qu’un badge? Moi aussi j’ai des badges. J’ai payé, le sbire moralise. “Maffia”, je répète. Gala me retient. Le sbire nous fait rentrer dans le van. “Vous allez vous mouiller”, prévient-il. Car il pleut. Il s’enferme dans la voiture de patrouille. Revient avec une quittance, demande mon adresse. A ce jour (novembre), pas reçu de facture à mon adresse hongroise.
District VII
Irina m’amène dans sa maison pour me faire identifier des chiures de rongeurs. C’est une maison étroite, en hauteur, elle a quatre étages. Irina ouvre les volets, éclaire une demi-cuisine, m’incite à inspecter le carreau, à regarder les chaises. Qu’est-ce que j’en sais? Me croit-elle expert en nuisibles? J’avance la main, je ramasse du gris, du petit, du filandreux. De retour dans la rue où attend son mari, le chauffeur de bus Kojc, je dis: “à mon avis, la merde de souris, c’est plus sombre, plus dur, plus long; comme du All Bran”. Aussitôt je pense: ils ne sauront pas. Je me trompe. Kojc fait: “Aleksander, je vais penser à toi chaque fois que je mangerai du All Bran”.
Foi et raison
Dieu est la possibilité de penser ce que nous ne sommes pas. Cette possibilité fait que Dieu est une question, et peut-être la question. L’église répond et ces réponses ne sont que des possibles. Elles ouvrent une voie qui, empruntée, amène l’individu à se concevoir dans un rapport à Dieu, c’est à dire à ce qu’il n’est pas et vérifie sans cesse n’être pas. La foi devient alors, sans plus aucune nécessité d’église, volonté d’accomplissement de ce que l’on voudrait être.