Futur

Ces réu­nions immenses autour de la table de bois brut, devant l’âtre où flam­bait un quart de stère, plus de cinquante com­men­saux y pre­naient part, arrosant le cochon de vin noir, riant, hurlant, dansant, et si les com­mères se plaig­naient, elles ne pou­vaient rien con­tre les con­ver­sa­tions de leurs mâles ver­sés dans l’art sim­ple de la vie.

Suite

Le par­adis est tou­jours acces­si­ble. La porte appa­raît aus­sitôt qu’on y pense avec mod­estie. Le reste est affaire de mouvement.

Amusant

Les con­quérants de l’avenir “sans plan B”, annon­cent désor­mais sur un ton moral­isa­teur que “jamais plus le monde ne sera le même” — nou­velle esbrouffe, cohérente avec ce tal­ent d’en­fumeurs qui les définit. Quoi qu’il en soit, je m’en réjouis. Soyons clair, je l’ai dit et répété, je n’ai aucun plaisir à partager, pour le ser­vice de l’ar­gent, au prof­it d’une minorité vampyrique, ma vie quo­ti­di­enne et le ter­ri­toire nation­al avec des éner­gumènes importés dus tiers-monde à des fins d’esclavage.

Mouvement 9

En croisière, à tra­vers le temps et ralen­ti. Le régime est monas­tique, mais sans aucun égard pour le péché, que nous pra­tiquons, Gala et moi, à bonne dose : bois­son, cris, sexe. Pour ce qui est de l’ho­raire, une norme s’est instal­lée. Elle fonc­tionne sans oblig­a­tion, demeure quelque peu floue si l’on avait à l’e­sprit, à la façon d’un suisse-alle­mand, de la maîtris­er sur hor­loge, mais elle est, jour après jour, hon­orée: dix, onze heures, midi par­fois, le réveil. Long café, longue douche. Je prends ensuite les nou­velles de la presse de pro­pa­gande (la con­tre-infor­ma­tion est réservée au soir, il faut dormir sur ses deux oreilles), puis je m’isole. Un bureau est impro­visé dans la pièce annexe. J’y ai trans­porté la table du bal­con, un usten­sile de métal ven­du par les grandes sur­faces, ces com­merçants crim­inels: autant dire, à peine penché sur mon tra­vail, j’ai mal au dos. La volon­té aidant, j’en­quête sur Ne Win, Than Shwe, Pyiny­ma et Naypy­itaw, la cap­i­tale de la Bir­manie, sujet de mon prochain livre. Puis je rejoins mon nou­veau copain syrien, fils d’un cadre du régime de Bachar. Ensem­ble, devant le sana­to­ri­um à façade blanc sucre, nous don­nons une heure de suite dans le cross-fit, les pilates et le shad­ow (l’arabe est ama­teur de lutte), après quoi je reviens au krav-maga, dis­ci­pline qui demeure pour moi tou­jours aus­si énig­ma­tique et périlleuse, bref dis­ci­pline de Juifs. De retour dans l’ap­parte­ment Sir­ius, je passe à la bière et, for­cé­ment, trois ou qua­tre litres passés dans le corps, peine à trou­ver le sommeil.

Bientôt

“Regarde, regarde, sur l’im­age c’est moi!”.

Demos

France, Etats-Unis, Suisse, on con­tin­ue de faire vot­er des unités sociales par ailleurs privées d’elles-mêmes.

Amitiés

Au pluriel, afin d’honor­er ces films d’une époque  — longues années, pro­lifiques — révolue, où les hommes et les femmes com­mu­ni­aient dans la joie et le pro­jet: Vin­cent, François, Paul… et les autres, de Claude Sautet; La maman et la putain, de jean Eustache; Hus­bands, de John Cas­savetes; Tex­as­ville, de Peter Bogdnaovich; La femme publique, de Andrei Zulaws­ki; Bird­man, de Gon­za­lez Iñarritu.

Destin

Que sont devenus les proverbes?

Routine

Dans l’en­tourage, sur les gazons courts, au pied des sap­ins, devant les chalets, ce matin tôt, beau­coup trop tôt à mon goût, cha­cun s’est remis au tra­vail, ratis­sant et creu­sant et bal­ayant — comme pour s’as­sur­er que le tra­vail n’al­lait pas dis­paraître, qu’il était là, en attente, et qu’il s’agis­sait de l’honor­er tel un Dieu.

H+

Si ventes il y a, elles ne seront pas aug­men­tées. Retranché dans son dou­ble apparte­ment de Paris, mon édi­teur m’ex­plique que les librairies sont clos­es, que les sites général­istes priv­ilégient les pro­duits “à forte valeur ajoutée” et que pour les vendeurs de livres en ligne aucun réas­sort n’est pos­si­ble toute dis­tri­b­u­tion étant par ailleurs inter­rompue. La veille, je lui écrivais : ce texte tombe à point puisqu’il décrit l’évo­lu­tion nihiliste de notre société, mais dans le même temps, il est peu à même d’ac­com­pa­g­n­er des lecteurs déprimés.