[] deux civilisations antagonistes se partagent la tragédie de la fixation. Celle du blé, et celle du maïs. Ne parlons pas ici du blé []. Le maïs c’est l’Amérique originaire, la terreur et la hantise de la pourriture, de la mort éternelle. Maïs, figures convulsionnaires, totems du cauchemar aztèque. Le maïs est soleil de la mort, de même que le blé représente le soleil de la vie. Par le blé, on communie sous les espèces de la vie. Par le maïs, sous les espèces de la mort. (Dominique de Roux, Immédiatement).
H+
S’il faut cesser d’écrire essais et pamphlets contre le projet de contrôle digital du monde, c’est peut-être parce que les bienveillants qui s’y adonnent ont théorisé et circonscrit les enjeux, donc répondu au programme simple par l’évidence de l’analyse. A la rigueur (post-hégélianisme spectaculaire), la contestation devient un élément utile au discours des déclarants et participe contre son gré à l’accélération du processus. Sagesse voudrait que l’on revienne dans un esprit de sauvegarde devant la catastrophe à la philosophie, à la littérature et pour les meilleurs d’entre nous à la poésie.
Vélo et campagne
L’épouse du maire, photographiée par son mari dans un col hier alors que je prolonge le sommeil après avoir décliné l’invitation dit (par message): “un peu faible, j’ai bêché la terre tout le matin”. Le maire, son mari, à qui Alejandro et moi proposons une sortie dans l’après-midi: “il pleut demain, je sème les patates”.
Cuisine
J’ai compris pourquoi il y avait tant de casseroles et de poêles aux rayons des supermarchés quand j’ai commencé à m’intéresser à la cuisine donc aux poêles et aux casseroles; après tout, Jésus le charpentier m’a avoué devant la bibliothèque qu’il m’a construite (le nombre et la qualité des livres n’a rien d’exceptionnel) : “je n’ai jamais lu un livre de ma vie”.
Samedi
Une pluie fine arrose sur la table de marbre mes avocats. Les hirondelles rasent les murs de pierre. En cuisine, je fris du curry de Madras, prépare un poulet-basmati. Tout à l’heure, je reprendrai les corrections de Sosiété que j’espère finir de réviser ce soir. Trêve de sport ce dimanche, j’ai remonté hier le col de Somport jusqu’en France. Au passage de la douane fantôme, comme j’allais devant Alejandro (pulsations 155 pour 13 km/h et 8% de pente), je cause avec un couple de Teruel qui dit: “nous sommes là pour la route du Saint-Graal”, et d’entreprendre l’histoire mystique du divin produit que je connais puisque cela concerne aussi Agrabuey. Au retour, apéritif dans la rue: tous les voisins sont là, le vendeur de peinture, l’abatteurs de moutons, le vétérinaire, le guide de montagne, la géologue. J’apporte mes bouteilles de bière, le paysan coupe du Serrano, sa femme me tend une chaise de paille.