A l’évidence, bonnes et mauvaises manifestations doivent être distinguées; écologie, minorités, femmes d’un côté, contestation de l’arbitraire d’Etat, du modèle social, de l’immigration de l’autre côté. Aux ordres, la police frappe ici (gilets jaunes), met le genou à terre là (populations noires). Les bonnes manifestations attirent de vraies personnes qui ont des idées, des revendications et une personnalité mais qui à leur insu jouent un rôle: celui du manifestant qui remplit un cahier des charges. Il s’agit d’un service que les militants obsessionnels, les sans-critique et les jeunes niais rendent au pouvoir. Preuve facile: le droit donné aux élèves de quitter l’école pour aller se joindre aux cortèges “pour le climat”. L’effet recherché et obtenu est la matérialisation dans les rues d’une idéologie artificielle (non pas fondamentalement — il existe un mouvement écologiste, d’authentiques défenseurs des noirs, de véritables féministes– mais dans sa forme politique immédiate). Les relais de propagande du pouvoir montrent en utilisant ces défilés comme autant de témoins d’authenticité l’idéologie d’Etat qu’ils n’auraient pu cautionner a priori sans éveiller les soupçons.
Manifestations de couleur
Le féminisme actuel est sans rapport avec l’histoire du féminisme. Il ne défend pas les droits de la femme. Il n’est pas une idée de femme. Idéologiquement, il ne contient pas ce que les femmes pensent qu’il contient. Crée par un cercle de pouvoir à caractère masculin afin de casser les ententes sympathiques, détruire le sexe et la culture, il est un outil parmi d’autres des nouvelles stratégies de réforme du capital. De même pour l’antiracisme dont il s’inspire. Que l’on soit contre le racisme, je peux comprendre (c’est absurde car antinaturel donc voué à l’échec), mais l’antiracisme est sans rapport avec le racisme: il ne sert nullement un objectif d’harmonie, de communion, de mutuelle reconnaissance ou ce que l’on voudra de beau, de romantique et d’idéal, il ne vise qu’à diviser le groupe social et à détruire le socle civilisationnel pour instaurer une modèle capitaliste neuf.
An 2 (XXXVI)
Dans la plupart de mes calculs heureux j’intègre désormais automatiquement le facteur “mort”. Cela rend les calculs, je crois, d’autant plus heureux. Ce n’est pas affaire d’âge, car l’âge n’aime pas le risque. De fait, intégrer la mort accidentelle ou volontaire n’est pas typique. Dans l’immédiat, je dirais que c’est le meilleur moyen d’échapper au schéma mortifère qu’impose la société de la sécurité maximum, cette saloperie immense où tout est possession mais l’individu ne possède rien (condition prochaine pour commencer sa journée: racheter chaque matin son corps et son cerveau).
Visites
Chaque jour de la semaine étant un jour comme les autres, témoin de la liberté complète que j’ai devant le calendrier et la réception du temps, j’adapte désormais mes rythmes hebdomadaires à celui des voisins de Saragosse qui possèdent ici résidences secondaires, arrivent le vendredi, repartent le dimanche, et constate après les excellents moments d’amitié que favorise leur présence, combien je retrouve avec plaisir le silence et le néant.
Hier samedi
Précédé de trois enfants de douze, onze, dix ans, monté avec la palefrenière, l’architecte et son mari employé de l’usine Tetra Pak à travers les bois au Cubilar, un refuge des contreforts pyrénéens où nous attendent les autres familles, venues elles en jeep, au milieu de trente vaches et d’un taureau. Dans la poêle municipale plus large qu’un soleil le champion cycliste du village, juste revenu de son ascension matinale, cuisine une paella pour vingt personnes, que suivent la partition des pastèques et le match de foot dans l’herbe haute.