Ne votez jamais! Le peu de pouvoir que l’on a, on le garde.
Saloperie devant
Tant d’intelligence détruite — au moyen de l’intelligence. Ils ont raison (je ne sais pas ce que je dis quand je dis “Ils”): le mal est le triste fruit de la perte de contact avec le réel. Quand s’y ajoute l’intelligence fonctionnelle tel que distribuée à la plupart des hommes, le champ de ruines est devant nous.
Matières
Paradoxe sans fin, tout le monde peut lire donc je m’exprime en me taisant. Piège de qualité. Je me débats, cherche à en sortir, n’en sors pas. Ecris ce que j’écris, enfonce le reste dans ma poche. A l’époque où l’on n’avait pas encore instrumentalisé les pédales, Gide publiait sous le manteau ses défenses de l’homosexualité à deux cent exemplaires, content à l’idée que dix lecteurs révérant les mêmes jouissances le liraient. Il risquait gros. Il était courageux, mais pas téméraire: même dans ses prises de position, il travestissait le discours en citant les dieux permissifs des Grecs, de même que plus tard, via les Samizdat, les héros bas-fond du système soviétique cultivaient dans leur appel le code et l’allégorie. Au fond, rien n’a changé: on parle devant le monde entier en se taisant.
Humer
Excellentes odeurs d’automne dans les ornières gorgées d’eau qui flanquent les maisons de pierre du village. Je hume. Me reviennent en mémoire ces forêts de pins ronds autour de Madrid, alors enfant, vers El Escorial, Chinchón et Navalcerrada. Plus tard, en 1997 — j’ai essayé de traduire cela dans Ecriture.Bière.Combat. — sur les terres de Soria, terres que je viens de traverser pour la première fois depuis vingt ans la semaine dernière à vélo, j’ai retrouvé ces odeurs de chaudes résines qui montent librement au ciel dès lors que personne ne les hume (il n’y a personne dans ces parages).