Disons-le tout de suite: je ne pensais pas faire cela dans ma vie. Quelque chose d’aussi dur. A Ronda, il y a dix ans, de nuit, dans la dernière montée, après les 101 kilomètres de course, cet Espagnol en pleurs qui gémissait “moi, ce que je veux, c’est être dans mon salon, devant la télévision…” — il se parlait à lui-même. C’est presque ça. Mais je me tais. Je serre les dents. Je monte. Chaque pente est suivie d’une autre pente précédée du panneau Col de la Pierre Saint-Martin et du pourcentage. Quand c’est 7%, j’ai l’impression que je suis sauvé. Puis ça recommence à monter. Sur 27 kilomètres. Avant le sommet un motard bardé de métal et de cuir me fait: “vous êtes courageux, même moi je ne transporte pas autant!” Je n’ose pas dire combien de temps il m’aurai fallu: quatre heures, quatre heures et demie?