Sonder 3

Dis­ons-le tout de suite: je ne pen­sais pas faire cela dans ma vie. Quelque chose d’aus­si dur. A Ron­da, il y a dix ans, de nuit, dans la dernière mon­tée, après les 101 kilo­mètres de course, cet Espag­nol en pleurs qui gémis­sait “moi, ce que je veux, c’est être dans mon salon, devant la télévi­sion…” — il se par­lait à lui-même. C’est presque ça. Mais je me tais. Je serre les dents. Je monte. Chaque pente est suiv­ie d’une autre pente précédée du pan­neau Col de la Pierre Saint-Mar­tin et du pour­cent­age. Quand c’est 7%, j’ai l’im­pres­sion que je suis sauvé. Puis ça recom­mence à mon­ter. Sur 27 kilo­mètres. Avant le som­met un motard bardé de métal et de cuir me fait: “vous êtes courageux, même moi je ne trans­porte pas autant!” Je n’ose pas dire com­bi­en de temps il m’au­rai fal­lu: qua­tre heures, qua­tre heures et demie?