Épidémie

D’hommes qui se déguisent en femmes.

Filon

Pour les étu­di­ants occi­den­taux qui chercheraient à se dis­tinguer, le sujet d’avenir est: l’ennui.

Détail 12

Alors que je mange mon petit-déje­uner, la cais­sière, jusque là endormie, écrase dis­crète­ment un cafard sous son talon pour qu’il ne soit pas dit que son étab­lisse­ment n’est pas le meilleur de la rue Plata.

Constat

Le seul texte qu’un intel­lectuel digne peut imag­in­er écrire aujour­d’hui est un: Traité de la disparition.

Détail 11

Père pieds nus, son nou­veau-né dans le dos, qui vend des chew­ing-gums dans le traf­ic de Reforma.

Ressaisir

A force de pour­boires, les employés du Plaza Rev­olu­ción me recon­nais­sent. J’ai un vis­age. Ils ouvrent la porte, salu­ent comme l’établit la règle, mais le sourire est motivé, naturel. Tout à mon con­tente­ment de me retrou­ver seul (après seule­ment 50 heures dans le monde du luxe), j’achète chez 7/11 cinq kilos de glaçons et des litres, plusieurs litres, de nom­breux litres de Tecate rouge. La soirée peut commencer.

Symptôme

Tol­do lancé à 180 km/h sur les routes “a cuo­ta” qui ramè­nent à la cap­i­tale. Bien sûr, la ques­tion est: va-t-on mourir? D’ailleurs c’est moi qui occupe la posi­tion, le sac à dos sur les genoux. Der­rière, son amante, une danseuse étoile, et la cuisinière, une native. Tassé dans le cof­fre du bolide, la meilleure nour­ri­t­ure, la nour­ri­t­ure la plus saine. Achetée à Mali­nal­co, Tol­do la rap­porte pour con­tribuer au bilan san­té, pour pro­longer sa durée de vie. Et celle de ses pro­tégés. A grande vitesse. Et pour la vitesse, nous y sommes. Mal­gré son petit cal­i­bre, l’Au­di file comme une bombe. Dans les virages, l’ex­péri­ence est spa­tiale, nos corps se défor­ment. La ques­tion est: que peut bien sig­ni­fi­er ce type de conduite?

Définitions

Islam et judaïsme, loi. Chris­tian­isme, amour. Boud­dhisme, trans­for­ma­tion. Idéolo­gie, reli­gion, philosophie.

Visées

L’idée que les malveil­lants par­rainent des imbé­ciles aux postes de déci­sion n’est pas orig­i­nale, elle est juste.

Musée 2

Balade en sabots de plas­tique chez les grossistes de la Merced. Moi qui ne jure que par le souli­er ferme, j’ai honte. Donc je vais, résolu. Quand il ne s’ag­it pas des déplace­ments de routard, Bermudes et bottes mil­i­taires (les seules chauss­es que j’emporte en voy­age), c’est pire. Au Musée de la Banque Nationale, une jeune fille aveu­gle avec son chien m’ex­plique aimable­ment le régime de la vis­ite. Je fixe ses yeux. L’un décroché, blanc, l’autre noir, meur­tri. Joli vis­age qu’a­gré­mente un sourire tourné vers la lumière. Je prends soin de l’é­couter jusqu’au bout et la remer­cie. Elle ouvre le cor­don, me fait pass­er. Une autre gar­di­en me reçoit. Qui me dirige vers la récep­tion. Là, un cou­ple en uni­forme me répète les con­signes. Puis une employée me dirige à tra­vers la salle d’ap­pa­rat où se déroule un col­loque. Au pre­mier étage, devant chaque salle, dis­cret, timide, un garde. Me sur­veil­lant, cha­cun à son tour me souhaite une “bue­na visi­ta señor”. Brusque mémoire de cette bar­barie nou­velle qui ani­me les esprits dérangés, la destruc­tion mil­i­tante des oeu­vres. De même qu’un sen­ti­ment de recon­nais­sance envers la fon­da­tion de banque qui donne du tra­vail à tous ces gens — il y a peu de vis­i­teurs. A la sor­tie, touché par l’aveu­gle, je la remer­cie pour son aide. Et que voit-on dans ce musée? Paysages fins, pré-impres­sion­nistes, peints à la fin du 19e, de la val­lée de Mex­i­co; une étrange série de toiles anonymes sur la morale des mélanges raci­aux (exem­ple de titre: si un Espag­nol marie une négresse cela donne un mulâtre), mais surtout — je ne m’y attendais pas — le por­trait bien con­nu de Sor Inés Jua­na de la Cruz, la mys­tique dont je lisais la poésie en 1990.