Monde entier

Per­du dans le S‑Bahn. Le monde entier est là, Sikhs, Ukrainiens, Chi­nois, Mon­goles, Pyg­mées, quelques alle­mands, beau­coup d’Ana­toliens. En poche deux abon­nements heb­do­madaires que la machine à imprimés pour de mau­vais­es dates, nous prenons le métro pour aller au bureau des abon­nements qui nous remet­tra un abon­nement qui nous per­me­t­tra de pren­dre le métro. Pavoisé aux couleurs de l’ho­mo­sex­u­al­ité le bureau mais fer­mé. A Marien­platz, je prends un bol d’air en sur­face, devant la cathé­drale, redescends hor­ri­fié: “n’y va pas, dis-je à Gala, c’est un cirque”. Qu’une envie, ren­tr­er dans l’ap­parte­ment-boîte Google, m’asseoir con­tre le frig­ori­fique, boire les quinze bières que j’ai mis­es à refroidir. Mais il faut. Il faut quoi? Quelque chose. Par exem­ple vis­iter la Pina­cothèque. Je me trompe de sta­tion de métro. La chaleur est éprou­vante. Gala marche lente­ment. Ce qu’il faut devient plus clair: renon­cer. Juste­ment une table se libère en ter­rasse. C’est un bistrot d’al­cooliques. Un bistrot de quarti­er. Un bistrot pour vieux. Le serveur apporte des Frank­furter, du pain et un litre d’Au­gustin­er. Ce qu’il faudrait, c’est rester là quelque années, comme ces alcooliques du vingtième siè­cle, voisins vieux du quarti­er qui ne ren­trent chez eux que pour piss­er, revi­en­nent sur la ter­rasse, le dos au mur, le regard flou, et con­tem­plent le cirque qu’est la société quand le monde entier est là.