Jour des Rois mages, les Espagnols fêtent. Le couloir autoroutier de bas-Aragón est sans trafic, nous naviguons seuls entre les déserts à cochons gris et les bourgs repris aux Arabes, Barbastro, Binefar, Binaced. Un mois de bonheur s’achève ici, tout entier passé au village, dans le calme, à déjeuner et dîner des meilleures recettes, et dormir et deviser, et s’aimer. La descente sur Barcelone est tranquille puis commence le chantier des Catalans dans les environs de l’aéroport El Prat avec ses urbanisations de hangars, ces agglomérations de demi-pauvres et la mer pour les touristes. Fin novembre, j’avais cru trouver à Castelldefels un hôtel viable pour se reposer avant l’envol, nous y retournons ce soir et c’est une catastrophe: rata sur buffet servi par des factotums du Maghreb, vin parfumé aux copeaux de chêne (pour les Anglais) , en salle qui s’empiffrent des Ukrainiens, des Tamouls, des Ecossais, l’air malade, visqueux, content. J’en fais des cauchemars (parmi les plus violents qu’il m’ai été donné de voir). C’est aussi le rouge, cette vinasse parfumée, et Gala de même, réveillée au milieu du noir, à tourner en chambre, à ne plus dormir tandis que je feins le sommeil de crainte d’y perdre le reste de sommeil. Au matin, fatigue, dégoût, nausée. Suffit de quitter son havre de paix pour retrouver aussitôt ce monde devenue société devenue de la merde. Il est midi quand je dépose Gala au Terminal 1, celui des avions à prix légers, l’attente sera longue, elle ne décolle pour Genève que vers 15 heures et doit auparavant faire escale à Zurich, mais j’ai à rouler hors de la Catalogne, par la Junquera, en direction de Narbonne puis suivre le Rhône jusqu’à Montélimar où j’atteins le camping Le floral, devant la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, juste avant la fermeture automatique du portail, sous la neige, une neige de gros flocons qui blanchit la départementale et la voie d’accès, laquelle est en pente, de sorte que je renonce à acheter de quoi pique-niquer, me précipite pour garer le van à sa place habituelle, contre le talus et la borne électrique, celle-ci nécessaire pour l’utilisation du chauffage auxiliaire car il fait zéro degré et la température chute.