Boulanger qui me dit: “je vais vous faire un sandwich”. Il ne bouge pas. “En attendant, buvez tranquillement votre café!”. La table ronde, la table petite, la table à côté des Livres pour tous, une étagère dont les volumes n’ont pas changés depuis que je fréquente cette boulangerie sur la départementale de Montélimar, à La Coucourde, c’est à cette table que je m’installe. Et le boulanger est toujours là, qui sourit, ne bouge pas. J’ai 800 kilomètres de route devant moi, je bois un “café allongé” à Euros 1,90. Maintenant le boulanger a disparu. Baguette, pain, chausson, la femme sert les clients. A ceux qu’elle ne remet pas, elle demande: “vous avez un compte chez nous?”. Placardée sur le comptoir une affiche pour un concours de belote. La même que l’année dernière. J’ai fini mon café. A la femme du boulanger, je demande un autre allongé. “Vous le prenez ici?”. “Non, j’emporte.” Elle me tend un gobelet de carton, pose un couvercle. “Merci”. Le boulanger doit être en train de faire mon sandwich. “Tomate séchée, rucola, jambon cru?”, a‑t-il proposé. Il ne revient pas. J’attends. Suis-je pressé? Non. Et pourtant. Je pourrais attendre. Je le peux. Il me faut ce sandwich. Vite. Ou alors, je m’en fous. Mais ce n’est pas dans mon caractère. Sympathique cette attitude, ce calme, le boulanger, la départementale de La Coucourde. Mais la vie attend. J’attends. Sa femme va chercher le sandwich. Elle l’emballe. Le boulanger en coin, derrière le rideau de perles me sourit. Je sors. La femme souhaite une bonne journée. Ces gens sont formidables. Et le sandwich est bon (dans le quel je mords cinq cent kilomètres plus loin, aux alentours de l’Escaladieu, panneau routier qui chaque fois me fait penser à l’excellent José Cabannis).