Mois : février 2025

J’aime (Leiris)

“L’an­nonce d’une représen­ta­tion à laque­lle on me mèn­erait me jetait dans la fièvre; d’a­vance je sup­putais tout ce qui se passerait; j’ap­pre­nais par cœur le nom des chanteurs; je ne dor­mais pas la nuit d’a­vant, je bouil­lais d’im­pa­tience pen­dant toute la journée, mais peu à peu, à mesure que l’heure approchait, je sen­tais une pointe d’amer­tume se mêler à ma joie et, sitôt le rideau levé, une grande par­tie de mon plaisir tombait, car je prévoy­ais que dans peu de temps la pièce serait ter­minée et la con­sid­érais en somme comme virtuelle­ment finie du fait qu’elle avait com­mencé. Il en est de même aujour­d’hui pour toute mes joies car je pense aus­sitôt à la mort []” “L’âge d’homme”, Michel Leiris.

Patrimoine

Con­sti­tu­ants de la mémoire immatérielle du monde, le silence et la soli­tude; et ses sché­mas délétères, le bavardage et le divertissement. 

Ecriture

Acheté 102 litres de bière puis passé 80 heures à recopi­er Diplodocus. Jamais je n’au­rai pen­sé que ce fut aus­si long. Le roman tenait dans deux cahiers de petit for­mat. Il est vrai que je ne savais pas taper sur un clavier et qu’au­jour­d’hui je ne sais plus. Avan­tage d’avoir atten­du pour ce tra­vail de mise au pro­pre, j’avais oublié l’his­toire du per­son­nage. Je l’ai redé­cou­verte en lecteur. Con­tent du résul­tat mais c’est un roman écrit par un fou. A côté de cela, peu de répons­es des édi­teurs suite à l’en­voi de l’es­sai Gou­ver­nance et Gam­ing — Pren­dre le con­trôle du réel. Her­mann de Paris félicite pour la “rigueur de l’analyse philosophique”. Bon point. 

Route

De pas­sage à Lau­sanne (une demi-heure). Gala me donne ren­dez-vous devant la Boulan­gerie du deux­ième jour (con­cept: acheter moins cher le pain d’hi­er). A l’heure dit, j’y suis, elle n’y est pas. Il pleut. L’Arabe du Petit-chêne vient de me chang­er l’ar­gent que j’emporterai en Espagne. Mes poches sont pleines. Où est Gala? Au Palace. Par­tie arrière, café, salon, elle grig­note des petits crois­sants servi sur plateau d’ar­gent par la nou­velle pop­u­la­tion noire, jaune, rouge et du monde entier. Mes fess­es dans le canapé cinq min­utes (de trop) avant de repren­dre la route. Halte en France voi­sine, au trou de Gail­lard, pour rem­plir le réser­voir d’essence chez Inter­marché, puis mise en route, neuf heures de con­duite. Le soir je suis à Port-Laura­gais, près de Toulouse, le van rangé sur l’aire de repos par­mi les camions litu­aniens, roumains, espag­nols, et je mange à bord, et je dors devant le canal aux pénich­es de location.