Mois : novembre 2014

Lit

Acheter un lit, la belle affaire! Le marc­hand de meubles a instal­lé le cadre et le som­mi­er en sep­tem­bre. Pour le mate­las, je choisi de faire appel à un marc­hand de mate­las. J’es­saie en mag­a­sin, je jette mon dévolu sur un mod­èle haut de gamme. La vendeuse inter­roge son ordi­na­teur:
- Je suis désolé, il n’est pas en stock. Vous pour­rez l’a­cheter en ligne.
Je passe com­mande, je paie. Une semaine, deux semaines, un mois. Je réclame. Réponse: notre fab­ri­cant, ne nous a pas livré. Encore quinze jours. Nou­velle récla­ma­tion. Réponse: nous ne trou­vons pas l’ar­ti­cle, nous allons vous rem­bours­er. Le soir, je regarde mon cadre de lit et je songe: il faut que je m’en occupe.
Hier enfin je descends en vielle-ville de Fri­bourg. La vendeuse de cet autre mag­a­sin de mate­las:
- Je suis désolé, nous fer­mons dans quinze jours. Je ne peux rien vous ven­dre.
Je remar­que alors un mod­èle grande taille appuyé con­tre un mur. Je le tâte. Trop dur. J’es­saie de me per­suad­er que c’est pos­si­ble et fais un cal­cul de poids à voix haute. Comme je lui explique que ma femme ne pèse guère plus que moi, la vendeuse a cette remar­que éton­nante:
- Nonante-huit pour cent du temps, je dors seule.

Wittgenstein

Remar­ques postérieures de Wittgen­stein. Frag­ments au sens indé­cid­able. L’air génial de ce qui n’a pas de sens, l’air génial de ce qui agite indéfin­i­ment l’e­sprit. Il est car­ac­téris­tique qu’ayant débuté avec une œuvre absol­u­ment fer­mée, le Trac­ta­tus logi­co-philo­soph­i­cus, il se soit ouvert absol­u­ment. Sachant qu’il ne savait pas ce qu’il écrivait, comp­tant sur autrui pour le découvrir.

Révélation

L’artiste est un homme seul, je veux dire sans amis, sans femme. Seul et mal. Le mal est fon­da­teur. Le mal con­fronte l’artiste à la réal­ité. S’il ne suc­combe pas au mal, l’artiste touche à la révéla­tion. Peu importe les voies du style, le sujet unique de l’art est la révélation.

Autour

Autour de moi, ces jours: un apparte­ment, un vaste jardin, une vue, la ville, un ciel, des oiseaux, des locaux ici et là, sous les pieds une grosse voiture. La liste pour­rait être allongée, mais cela impli­querait un dis­cours plus com­pliqué et déli­cat impli­quant la famille, les enfants, les amours. Je préfère m’en tenir à la for­mule qui com­mence la phrase, “autour de moi, aujour­d’hui”, pour con­stater que j’ai déjà réduit mon domaine: je ne vis plus dans une mai­son, je ne suis plus pro­prié­taire, je ne tire plus mon eau d’une source mienne, le bois que j’al­lume ne vient plus de ma forêt. Mais cette évo­ca­tion des temps suc­ces­sifs a un autre pro­pos. Je songe à ce que j’ai autour de moi, aujour­d’hui et voici dans quels ter­mes j’y songe: mon dieu! Tout cela autour de moi! Si dans le passé j’ai théorisé de façon super­fé­ta­toire la dépos­ses­sion sans la met­tre en pra­tique, la sit­u­a­tion est changé. Ce qui m’en­toure me sem­ble à la fois con­fort­able et pro­pre à favoris­er le tra­vail de l’e­sprit et néfaste, con­traire à la force vraie, néga­teur des éner­gies; me pos­sé­dant et pos­sé­dant le poids d’un tombeau.

Photos

Ma mère me met dans les bras les albums de pho­tos que j’ai com­pilé ado­les­cent.
- Oh, s’ex­clame Aplo, mais tu as eu de belles femmes!

Usage des lieux

Où demeur­er? Nulle part. Un lieu n’est pas une demeure. Il est fait pour être tra­ver­sé. L’in­stal­la­tion n’a de sens que dans un espace vierge. L’homme peut alors faire his­toire. Un lieu dont les déter­mi­na­tions pèsent sur le des­tin indi­vidu­el, quel intérêt? Mar­qué par un mys­ti­cisme sans doc­trine, j’ai beau me défendre, je crois à la pos­ture démi­urgique: un libéral­isme forcené, orig­inel, biblique. Aux pris­es avec le chaos, l’homme-dieu sus­cite un monde.