Le poiri­er et le pêch­er agi­tent leurs branch­es dans la chaleur, l’herbe jau­nit, les chats dor­ment con­tre les march­es de l’église. Je n’en­tend pas une voiture. De la forêt au Rhône, le paysage est un. L’ate­lier n’a pas de fenêtre qui puisse s’ou­vrir et il faut pour per­sévér­er se met­tre à moitié nu. Dans cet état j’écris des let­tres fic­tives pour Voies sec­ondaires, et parce qu’elles sont fic­tives — en par­tie au moins — il leur manque le coeur et le souf­fle. Il est à crain­dre qu’elles n’aient le car­ac­tère for­cé de ces cour­ri­ers écrits sur demande à des des­ti­nataires indif­férents, let­tres de remer­ciement par exem­ple. Mais si j’en écris dix, douze, ou plus, la fatigue aidant…

La lib­erté est d’être presque seul. L’é­conomie monachique tend à cela. Comme les organ­i­sa­tions prim­i­tives notre société noie l’in­di­vidu dans le groupe. Autre­fois liée à l’é­conomie de survie, la mise sous tutelle de l’in­di­vidu est aujour­d’hui affaire de choix.

La morale dans le dis­cours, cette con­fesse qui dis­pense de l’ac­tion qu’elle propose.

Elle se couche, nue. Autour, der­rière le rideau les invités, ils par­lent et jouent. Je fais dur­er les chaussettes.

En mai 1989, nous avons atteint l’équili­bre. Nous étions quinze ou dix, sept au moins, pas reliés, disponibles, ami­caux, heureux et indif­férents et devant nous étaient les heures. Cha­cun pro­po­sait. On répondait ou on se tai­sait. Si on par­tait, on par­tait à plusieurs, pour un jour, une nuit ou plusieurs jours, sans fer­mer la porte, sans s’ha­biller, sans souci.

Quoique tu fass­es, il y aura ceux qui pensent que tu as rai­son, ceux qui pensent que tu as tort. C’est en ten­ant la posi­tion que la pro­por­tion entre un camp et l’autre, ta résis­tance aus­si face à eux, mon­tr­era si tu peux perdurer.

M. à qui le médecin a retroussé la gorge jusqu’au nez pour arracher de mau­vais gan­glions. Il tire ses câbles, installe des goulottes, un tableau, vous happe au pas­sage : “j’y suis allé hier, ça va, y’a plus rien”

Etre artiste, c’est aus­si croire que l’on peut vivre de son art.

On désire autre chose que ce qu’on a, mais aus­si ce qu’on a, faute de le pos­séder assez.

A vélo avec les enfants. Avant d’emprunter la laie forestière, nous salu­ons C. Retraité depuis peu, mas­sif, il est dans son jardin et débrouis­saille. Midi, il a de peine à par­ler. Choisit ses mots, qui vien­nent de loin, s’ef­force de les dire à part soi avant de les dis­pos­er dans la phrase qu’il dira. Du vin cir­cule dans ses veines, sous le soleil les ânes remuent.