Quoique tu fasses, il y aura ceux qui pensent que tu as raison, ceux qui pensent que tu as tort. C’est en tenant la position que la proportion entre un camp et l’autre, ta résistance aussi face à eux, montrera si tu peux perdurer.
A vélo avec les enfants. Avant d’emprunter la laie forestière, nous saluons C. Retraité depuis peu, massif, il est dans son jardin et débrouissaille. Midi, il a de peine à parler. Choisit ses mots, qui viennent de loin, s’efforce de les dire à part soi avant de les disposer dans la phrase qu’il dira. Du vin circule dans ses veines, sous le soleil les ânes remuent.
Ecrivains autour de moi, des amis.
Celui qui s’enferme, travaille dix heures par jour, déchire, reprend. Ne peux jamais achever, fait des projets, obtient parfois une heure de notoriété. Plus tard, il sera cité dans quelque anthologie et il y aura un doctorant pour le connaître sur le bout des doigts.
Celui qui se gomine, court les salons et les éditeurs, va à Paris, drague, fait un film ou une bande-dessinnées en passant. Plus tard — bientôt — il disparaîtra.
Celui qui fait sa tâche, creuse son sujet, cherche à refléter les problèmes de société, prend des commandes et les honore. Plus tard il sera l’écrivain officiel, et durera un temps.
Celui qui écrit un grand oeuvre, maudit les passe-droits, rend service aux autres écrivains mais n’aiment pas leur façon, produit aussi des oeuvres secondaires, en quantité, se tape la tête contre les murs, boit trop, oublie de se doucher, écrit encore. Plus tard, il sera reconnu et personne ne le lira.
L’entretien infini de Maurice Blanchot. J’ai lu quelques phrases. Sidéré, j’ai lu une page, puis une autre et une autre, plus loin, pour voir. J’ai refermé le livre et relu le titre, L’entretien infini. Dans le jardin, j’ai lu une page à D.
- Attends, j’en lis une autre.
Elle a froncé.
- Tu crois que c’est possible?
Ridicule, bête, incompréhensible.
Ridicule.
Le livre a traîné dans la salle de bains avec les serviettes mouillées. Je venais de l’acheter, c’était pour le prix. Puis je l’ai jeté.