Change­ment. Heureux. Ou presque. Sere­in. Heureux d’être seul. Plus cette sen­sa­tion de poids. A ratrap­per sans cesse par l’acte, par la pen­sée, Gala. Du coup le jardin est plus grand et a per­du ses lim­ites, je vais pou­voir regarder au large et reposé, marcher où je le veux, quand je le veux, dans le monde proche.

De retour après un mois, je trou­ve la mai­son ouverte. Porte et fenêtre, tout est ouvert. Les chauffages, à fond. J’ap­pelle. Un ouvri­er descend. Le chauffag­iste. Maro­cain. Il veut me mon­tr­er son tra­vail. Les enfants ont faim. Moi aus­si. Il atten­dra. Nous prenons le goûter au jardin. J’aperçois l’ou­vri­er qui ges­tic­ule dans mon bureau. J’at­tendais d’avoir manger pour lui dire que le choix de l’emplacement du radi­a­teur, sous la baie vit­rée con­tre laque­lle j’écris, ne con­vient pas. J’ar­rête de manger, je monte. Plus tard, il me tend une boîte de cacao pub­lic­i­taire.
- J’ai ren­ver­sé mon café sur votre nappe, alors pour compenser…

Du bal­con du Thaï hotel de Kra­bi, je dis à Gala restée dans la cham­bre, “il pleut”. J’a­joute “l’af­faire de dix min­utes”. Deux jours plus tard, il pleut encore.

Roman, réc­it, nota­tion, inven­tion d’une sit­u­a­tion, rap­port d’un événe­ment, tra­vail de réflex­ion — si l’on veut des per­cées lit­téraires (non pas en lit­téra­ture), gen­res à combiner.

Ciel limpi­de, les pré-Alpes comme soulevées.

Le maire de Faoug me fai­sait des pho­to­copies de mon mémoire sur la méta­physique des substances.

Ce jardin sauvage, en fait une combe d’herbe entourée de pom­miers, près de Faoug. Je pas­sais à sa portée pen­dant les mois où je gar­dais les vach­es et j’en­vi­ais du haut du tracteur ceux qui pou­vaient s’y repos­er (il n’y avait per­son­ne). En fin de compte, retour­nant à la ville, sans m’y être attardé.

Sur le chemin de l’é­cole, n’osant pas dépass­er les cama­rades qui me précè­dent et inqui­et d’être ratrap­pé par les cama­rades qui me suiv­ent. Je me suis mis au skate.

L’homme qui attendait l’homme qui a inven­té l’homme en lec­ture ce soir à l’U­ni­ver­sité de Mont­pel­li­er, je m’en sou­viens à l’in­stant. Les raisons invo­quées pour mon absence — ren­dez-vous, retour de Bangkok, enfants — sont réelles, mais, n’eussent-elles été réelles, il m’au­rait fal­lu en inven­ter car aller s’asseoir pour débat­tre avec des étu­di­ants d’une pièce dont il n’y a rien à dire sinon qu’elle a été écrite pour être jouée…

Trois coupures d’élec­tric­ité dans la soirée et l’eau de la machine à laver qui débor­de dans le salon. A l’é­tage, je pose des poêles à pét­role dans les cham­bres des enfants avant qu’il n’y mon­tent, je dors dans un sac de couchage. Et pen­dant ce temps, les réno­va­tions dimin­u­ent mon compte en banque sans aug­menter le confort.