A Helsin­ki j’avais un copain Mal­gache. Comme je m’é­tais coupé la main, il me jura que j’avais le signe du dia­ble et que je péri­rai avant la fin de la récréa­tion. Je me mis à sur­veiller l’horloge.

Ma pre­mière expéri­ence de vie adulte, à Majada­hon­da, prés de Madrid, en 1975. Nous n’al­lions pas à l’é­cole. Dans un super­marché, nous avons acheté un mag­a­zine pornographique, une boîte de sar­dines et une bouteille de bière. Le fils du camion­neur venait de per­dre sa mère, il s’ap­pleait Ange. L’autre, Jean-Michel, com­mençait la drogue.

Le mul­ti­cul­tur­al­isme est le signe d’un renon­ce­ment com­plet; qui de plus s’ignore.

Deux hommes dans un garage fument et regar­dent la pluie tomber. Je passe à dis­tance, sans para­pluie, les chaus­sures trouées.

Etre délié. Quand cela inter­vient trop tôt, c’est qu’on a jamais été lié. Quand cela inter­vient trop tard, il est trop tard.

Femmes voilées dans les préaus des écoles suisses.

Soudain tout devient vio­let et il y des araignées.

Ren­dez-vous avec Aplo chez une pédi­a­tre. Péri­ode d’es­sai d’ad­min­is­tra­tion de Rétaline au terme de laque­lle, nous dit la dame, “vous n’au­rez d’autre choix que de con­tin­uer”. Elle soumet Aplo à une série de ques­tions. Il répond pos­i­tive­ment. Elle souligne le suc­cès du traite­ment et con­clut: “nous allons donc aug­menter la dose”. Je demande si un con­tre­coup est à crain­dre à la fin de la médica­men­ta­tion. “Aucun”. Sor­ti du cab­i­net, Olof­so me dit que la pédi­a­tre, lors d’une séance antérieure, a pré­cisé qu’on ne pou­vait cess­er brusque­ment la prise de Rétaline, qu’il fal­lait tenir compte d’une accou­tu­mance. A notre entrée dans le cab­i­net j’avais fait remar­qué à Aplo une col­lec­tion de fioles sous vit­re. Main­tenant nous quit­tons le cab­i­net et la pédi­a­tre s’ar­rête devant les fioles:
- Cest nou­veau, nous dit-elle.
- Ori­en­tal?
- Egyp­tien.
- C’est d’ac­tu­al­ité, dis-je.
La pédi­a­tre me regarde sans com­pren­dre. (Trente jours que la presse, la télévi­sion, les radios ne par­lent que des man­i­fes­ta­tions anti-Moubarak en Egypte).

Tu ne représen­teras pas ton Dieu — car alors il serait fini, com­pa­ra­ble et non-tran­scen­dant. Sauf à être artiste, capa­ble de faire vari­er à l’in­fi­ni le fini, capa­ble d’in­car­n­er l’in­fi­ni, la représen­ta­tion est anti-dynamique. La foi, assor­tie à l’ex­i­gence d’in­vis­i­bil­ité, vise comme objet de créa­tion un Dieu dont la forme et le con­tenu sont tou­jours différés.

Debout à 3h30. Tout noir. Pas l’aube tran­quille du grand cloître de la Char­treuse, lorsque je me lev­ais la nuit pour écouter le fontaine. A six heures les enfants qu’il faut réveiller dans leurs cham­bres. Mai­son froide. Bûch­es à enflam­mer, poêles à rem­plir. Faire entr­er le chat, rem­plir l’assi­ette, le faire sor­tir. L’or­di­na­teur affiche: émeutes en Egypte.