Me sens capa­ble d’un grande har­monie dans la rigueur, mais la con­jonc­tion d’une sit­u­a­tion favor­able sur laque­lle exercer dans le temps cet espoir?

Ce matin, prêt à avaler le monde. Poitrine, cuiss­es et mol­lets gon­flés d’én­ergie. Eveil­lé tôt, j’ai joui de trois heures d’at­tente, sous le duvet, au rythme des cloches qui son­naient à l’église. Et main­tenant j’avale la route à 110km/h, vitesse dan­gereuse qui met à dis­po­si­tion les ravines, bas fos­sés, chi­canes et bretelles de cam­pagne. Je sens les paque­ts de tuiles, de car­relage, de gra­vats qui tanguent dans le cof­fre de l’u­til­i­taire. A la déchet­terie, je jette le tout à grandes mains dans les bennes et prends la direc­tion du Fort-l’Ecluse. Peut-être est-ce Gala, cette énergie dans le plexus. Cinq min­utes au télé­phone hier soir. Mis­ère. Plus tard, comme j’in­stalle des cadres dans l’ago­ra de l’u­ni­ver­sité de Genève, je sec­tionne un cable à l’aide d’une pince Mon­seigneur. Petite flamme au milieu des étu­di­antes. Que fait cet ouvri­er? Et le soir, de retour à Lhôpi­tal avec les enfants, tan­dis que je pré­pare sur recette des Lasagnes bolog­nais­es, le chauffe-eau explose. Des jets de vapeut sor­tent par le toit de la mai­son, le bou­can. Le plom­bier au télé­phone me crie: — Entrez dans la chaudière et coupez le plomb, l’eau va bouillir!

Nous en sommes encore aujour­d’hui à lire sur nos murs des affich­es élec­torales mon­trant des hommes poli­tiques en por­trait avec ce sol­gan: j’a­gi­rai pour vous (2011).

Ils instal­lèrent soix­ante boîtes à let­tres dans le vil­lage car le plan quin­quen­nal mis­ait sur l’é­coule­ment avant décem­bre du stock. Mais comme il n’y avait que deux fac­teurs, seules dix boîtes à let­tres sur les quelques ver­stes qui sépar­ent le cen­tre des hameaux étaient desservies, et au hasard. On vit alors quelle était l’as­siduité des amoureux, tous les jours, même par forte neige, ils par­couraient le chemin du can­ton, rel­e­vant une après l’autre les boîtes, inféodés à la math­é­ma­tique de l’amour.

Gala au télé­phone. Dans les Cévennes, dit-elle. Où elle est. Sans adresse, sans autre pré­ci­sion. Ici les gens peignent, dit-elle. Moi, je des­sine. Ils par­lent peu. Il sen­tent. Et oui… ça va. Comme un étau qui veut ser­rer un nuage.

L’in­tel­lectuel est d’abord le pro­duit de la langue. C’est son habita­cle et, pour tout assaut don­né au réel, son out­il et sa métaphore. En cela à dis­tance infran­chiss­able du silence monachique comme de la vol­u­bil­ité idiote.

Quand autour de nous tout se tient, mesure de nos efforts, nous cher­chons mécanique­ment le point faible, et faute de le trou­ver le produisons.

En taxi pour quit­ter Kra­bi. Au volant une femme vir­ile et douce. La voiture longe une forêt. — Ici les touristes se promè­nent à dos d’éléphant. Le nez dehors, je scrute. Pas de pachy­derme. Fûts fins, au sol des sentes, une mai­gre végé­ta­tion. Le lende­main, par la presse suisse con­sultée sur le portable j’ap­prends qu’un touriste de Berne est morte piét­inée par un éléphant.

Un cou­ple badi­geon­né de col­orant culi­naire. On le fait entr­er dans une pièce immac­ulée. Il dort, remue, se bat, fait l’amour. On ouvre la pièce, on fait le fait sortir.

Puis je me dis, c’est cela, c’est ici, entre ces murs, avec ce paysage, où je suis, où je serai, ferai, me démènerai.