La ville, stable le jour, bouleversée la nuit, avec quelques erreurs de casting de sorte que chacun demeure aux aguets.
Ce matin, prêt à avaler le monde. Poitrine, cuisses et mollets gonflés d’énergie. Eveillé tôt, j’ai joui de trois heures d’attente, sous le duvet, au rythme des cloches qui sonnaient à l’église. Et maintenant j’avale la route à 110km/h, vitesse dangereuse qui met à disposition les ravines, bas fossés, chicanes et bretelles de campagne. Je sens les paquets de tuiles, de carrelage, de gravats qui tanguent dans le coffre de l’utilitaire. A la déchetterie, je jette le tout à grandes mains dans les bennes et prends la direction du Fort-l’Ecluse. Peut-être est-ce Gala, cette énergie dans le plexus. Cinq minutes au téléphone hier soir. Misère. Plus tard, comme j’installe des cadres dans l’agora de l’université de Genève, je sectionne un cable à l’aide d’une pince Monseigneur. Petite flamme au milieu des étudiantes. Que fait cet ouvrier? Et le soir, de retour à Lhôpital avec les enfants, tandis que je prépare sur recette des Lasagnes bolognaises, le chauffe-eau explose. Des jets de vapeut sortent par le toit de la maison, le boucan. Le plombier au téléphone me crie: — Entrez dans la chaudière et coupez le plomb, l’eau va bouillir!
Ils installèrent soixante boîtes à lettres dans le village car le plan quinquennal misait sur l’écoulement avant décembre du stock. Mais comme il n’y avait que deux facteurs, seules dix boîtes à lettres sur les quelques verstes qui séparent le centre des hameaux étaient desservies, et au hasard. On vit alors quelle était l’assiduité des amoureux, tous les jours, même par forte neige, ils parcouraient le chemin du canton, relevant une après l’autre les boîtes, inféodés à la mathématique de l’amour.
En taxi pour quitter Krabi. Au volant une femme virile et douce. La voiture longe une forêt. — Ici les touristes se promènent à dos d’éléphant. Le nez dehors, je scrute. Pas de pachyderme. Fûts fins, au sol des sentes, une maigre végétation. Le lendemain, par la presse suisse consultée sur le portable j’apprends qu’un touriste de Berne est morte piétinée par un éléphant.