Film sur les moines du Mont-Athos. L’un d’eux, un bout de bâton à la main, remue des crânes:
- Je m’habitue à penser que je finirai ici, au milieu de mes compagnons.
- De quand datent-ils?
- Oh! les plus anciens sont du XVIIème.
(Les moines sont enterrés, puis déterrés et leur squelette porté sur le tas.)
Courtoisie des américains, gentillesse. Et calme. L’Europe est trépidante, agressive. Mais sur cette gentillesse, que fonder? La conversation ne prend pas. L’immensité des paysages a vidé les esprits. On comprend la force caricaturale que peuvent revêtir ici les religions du désert.
Enfin nous quittons l’Utah et les règles des Mormons, pas de cigarettes, de thé, de café, d’alcool (plusieurs femmes autorisées, mais dans ces déserts nous n’en voyons aucune ), nous voilà chez les indiens de la Navajo Nation: alcool interdit. Les routes sont pleines de bus scolaires jaunes qui emmènent les petits indiens vers les bâtiments des missions évangéliques. Autour, le dépotoir. Carcasses de véhicules, mobile-home plantés en terre, villes bidons et palissades. Nous allons chercher des hamburgers à la croisée des routes, nous manquons renverser un gamin de douze ans ivre-mort.
Neige le matin sur Rolley — je jette des casseroles d’eau bouillante sur le pare-brise de la camionnette. Les enfants courent nus et enfumés et se jettent dans le spa. Chaque matin j’appelle Gala. Dix-sept heures en France. Qui ne répond pas. J’envoie un message. Puis la ligne est interrompue. Il est l’heure de reprendre la route. La journée nous marchons dans les parcs, souvent seuls. Nature puissante, qui fascine. Beaucoup de silence. Que nous compensons en parlant sans cesse pendant le voyage.
Ici c’est l’Utah, nous dit l’homme qui porte une tête de boeuf en métal serrée sur la glotte, l’alcool est à 1%. Le patron hausse les épaules et nous regarde quitter le bar, regagner le motel. A Hatch, il y a: le motel, le bar, la station-service, trois esplanades de gravier où ranger des caravanes.