Travaux éprouvants dans la maison. Poussière de plâtre dans les narines, boue dans les passages, cri des meuleuses. Et les questions incessantes des artisans afin de résoudre des problèmes qui, réflexion faite, sont sans solution. Mon compte en banque fond. Ce n’est pas une expression. Hier, la salle de bains était carrelée. Aujourd’hui, après constat de la médiocrité du travail, un nouveau carreleur est sur place. Il démonte la faïence neuve et la jette à la benne. C’est une expression. Il n’y pas de benne. Des tas se forment devant la maison. Il faudra débarrasser. Pour mettre où? A la déchetterie le fonctionnaire m’explique qu’il n’accepte pas plus de tant et tant de kilos de gravats. Le conseil municipal me convoque. Des villageois qui cherchent leurs mots. Et trouvent des expressions à la mode telles que “mise aux normes”, “intercommunalité”, “service juridique”.
Film sur les moines du Mont-Athos. L’un d’eux, un bout de bâton à la main, remue des crânes:
- Je m’habitue à penser que je finirai ici, au milieu de mes compagnons.
- De quand datent-ils?
- Oh! les plus anciens sont du XVIIème.
(Les moines sont enterrés, puis déterrés et leur squelette porté sur le tas.)
Courtoisie des américains, gentillesse. Et calme. L’Europe est trépidante, agressive. Mais sur cette gentillesse, que fonder? La conversation ne prend pas. L’immensité des paysages a vidé les esprits. On comprend la force caricaturale que peuvent revêtir ici les religions du désert.
Enfin nous quittons l’Utah et les règles des Mormons, pas de cigarettes, de thé, de café, d’alcool (plusieurs femmes autorisées, mais dans ces déserts nous n’en voyons aucune ), nous voilà chez les indiens de la Navajo Nation: alcool interdit. Les routes sont pleines de bus scolaires jaunes qui emmènent les petits indiens vers les bâtiments des missions évangéliques. Autour, le dépotoir. Carcasses de véhicules, mobile-home plantés en terre, villes bidons et palissades. Nous allons chercher des hamburgers à la croisée des routes, nous manquons renverser un gamin de douze ans ivre-mort.
Neige le matin sur Rolley — je jette des casseroles d’eau bouillante sur le pare-brise de la camionnette. Les enfants courent nus et enfumés et se jettent dans le spa. Chaque matin j’appelle Gala. Dix-sept heures en France. Qui ne répond pas. J’envoie un message. Puis la ligne est interrompue. Il est l’heure de reprendre la route. La journée nous marchons dans les parcs, souvent seuls. Nature puissante, qui fascine. Beaucoup de silence. Que nous compensons en parlant sans cesse pendant le voyage.