A Berlin je me suis intéressé aux rapporteurs de bouteilles. Ivrognes, clochards, jeunes, mais aussi des personnages communs qui doivent prendre leur poste à heures fixes, après leur travail, pour arrondir leurs fins de mois. Chaque bouteille d’un demi-litre de bière vaut 0,30 Euros. La plupart des bouteilles en PET sont consignées 0,15 Euros. Ainsi ces professionnels fouillent la ville. Mais la concurrence est rude et c’est là que l’affaire se corse. A traquer les bouteilles, ces gens-là sont obsessionnels. Si vous buvez à la bouteille (comme je faisais sur un banc d’Alexanderplatz lorsque cette réflexion m’est venue), ils peuvent rester des minutes entières sans vous voir, fixant la bouteille, mesurant son contenu, de crainte qu’une fois vidée elle ne leur échappe. Et si vous suivez leur regard, vous voyez qu’il fait des bonds de la poubelle (qui contient peut-être des cadavres) à la bouteille que se partagent des adolescents puis à un vieux carton qui pourrait contenir une bouteille, et ainsi de suite. Le monde n’est à leurs yeux qu’un vaste champs de bouteilles vides dont il s’agit de s’emparer avant les autres.
Commerce
Tout à l’heure je me rends à la bibliothèque, au Commerce de fer et dans un supermarché vietnamien. Etonnante coïncidence, depuis qu’il fait soleil, la disposition des meubles, comptoirs, étagères a été modifiée dans ces trois lieux de façon à éclairer le lieu, faciliter la circulation et dégager les murs. Qu’adviendrait-il si l’été durait? Et à l’inverse, si l’hiver, de retour, ne s’arrêtait plus? Influence du temps sur les caractères et leur utilisation de l’espace.
Changer
Qu’un homme au bout d’une certain nombre d’années ait envie de changer de femme, rien de plus normal. J’ai plusieurs fois entendu dire cela. Ce que j’en pense? Je me le demande. Eh bien, je n’ai jamais eu envie de changer de femme. Peut-être est-ce lié au fait que tout change sans cesse, autour et en moi?
Intérêt supérieur
Difficile de trouver un intérêt supérieur. Quand le besoin taraude, on trouve. Si on ne le trouve pas, on le crée. Si on ne peut le créer, on se suicide. Mais qu’on le trouve ou qu’on le crée, peu importe. S’il exhausse la vie, il est vrai. Et si l’art ne suffisait pas, si les milliers de prières ainsi adressées allaient augmenter l’anxiété et relancer le besoin d’une intérêt supérieur auquel se consacrer corps et âme?