Escrime, visages nobles. Football, visages populaires. Boxe, visages voyous. Haltérophilie, visages brutes.
Stiegler
La réalité sociale agit comme un révélateur sur les notions de court-circuit et de circuit long (désaffection de l’individu par les effets du marketing contre transmission de l’expérience et des connaissances) inventées par Bernard Stiegler et témoigne de son acuité intellectuelle.
Cinq jours
Cinq jours que je tente sans succès de faire savoir au propriétaire d’une cabane bâtie sur un terrain au sud d’Avila, au pied de la Sierra de Gredos, que je m’intéresse à son avis de vente. Les Espagnols sont formidables. Ils passent leur temps à répéter, c’est la crise, et sont sourds aux appels. Ils vivent d’espoir. Et, nul doute: l’espoir fait vivre.
Aplo
Aplo fêtait hier ses quatorze ans. J’en suis tout impressionné. Et inquiet. Il ne peut voir la médiocre qualité des chemins qui s’offrent à lui et, comme il se doit, refusera d’entendre ce que je peux lui en dire. Les séduction factices, destinées à fourvoyer les naïfs sont plus nombreuses que jamais. Que le caractère se trempe contre l’avis des parents, c’est chose reçue, et je m’en veux de ce sentiment qui s’apparente à un manque de confiance, mais c’est que, typiquement, je mesure la figure des forces contraires. Il est ces jours avec Luv, leur mère et leur grand-mère maternelle à Béziers et le savoir parmi des personnes aimantes mais désarçonnées et dupes aggrave mon inquiétude.
Orage
L’orage menace lorsque nous enfourchons les vélos pour nous rendre à l’Augustiner Keller. Au passage, les fenêtres de l’Université éclatent. Le verre se brise sur la chaussée. Les piétons courent, les parapluies flambent. Des gouttes s’écrasent sur nos épaules. Au Biergarten, nous rejoignons des buveurs serrés sous un parasol. D’autres, ivres ou fatalistes, boivent à découvert. Les serveurs, et certains clients, portent la culotte de cuir à bretelles et la chemise à carreaux rouges. Au menu de la bière, avec cette mise en garde: nous ne servons en verre d’un demi-litre que de 9h00 à 17h00. En effet, tout le monde boit son litre. Derrière moi, une adolescent à peine plus âgé qu’Aplo trinque avec son grand-père, à mon côté un viellard.
- Savez-vous son âge? Il a 85 ans.
Nous buvons notre premier verre et la pluie se déchaîne. Gala veut visiter les salles. Elle me laisse sous le parasol. L’allemand parlé à Munich est difficile. Il est vrai que je ne fais pas grand effort.
- C’est votre femme? demande le vieillard.
- Oui.
- Comment?
- Oui, c’est ma femme.
Il réfléchit. Regard fixe, lent. Boit. Se penche vers son ami. L’ami plus jeune :
- Il a toujours eu des femmes qui avaient 40 ans de moins que lui.
Le vieillard approuve.
- Au minimum!
Puis l’orage redouble et nous gagnons les salles à boire. Dans la plus grande, quatre cent personnes et autant de chopes. Une famille installée dans un tonneau, des compagnons sur la scène, devant des fresques champêtres, dans les couloirs, les escaliers, les cuisines, les salles, partout un fracas étourdissant. Les serveuses en jupe verte et rouge courent. Elles portent quatre chopes dans chaque main. Gala empoigne un bretzel de la taille d’un volant de tracteur.