Film d’horeur

En tant que genre, le film d’hor­reur s’adresse à notre part enfan­tine. Il réveille ce sen­ti­ment d’in­sécu­rité vécu dans la phase d’ap­pren­tis­sage du monde. Etre adulte, c’est en toutes sit­u­a­tions ramen­er l’in­con­nu au con­nu; l’ef­fi­cace du procédé étant rel­a­tive, elle implique, si l’on veut garder son assur­ance, un sys­tème de pari, donc de la con­fi­ance en soi. Pour cette rai­son , les films d’hor­reur ne peu­vent être mon­trés aux enfants (trop insécures) ni à une cer­tain caté­gorie d’adultes (trop sécures).

Boire

On boit parce qu’on est heureux, puis on boit parce qu’on est mal­heureux, enfin, on boit sans se pos­er de questions.

Intellectuel

Etre intel­lectuel sig­ni­fie : oppos­er à l’n­tu­ition et aux siennes d’abord, l’analyse; pos­tuler en toutes sit­u­a­tions la com­plex­ité et reculer le temps de la synthèse.

Marfil

Pluie sur Fri­bourg. Décidé de ne rien faire d’inu­tile. Donc pas de tra­vail. Café, choco­lat, lit­téra­ture, musique. Suivi d’une réso­lu­tion: réécrire Marfil en trois jours, lui don­ner sa forme finale. A l’époque Zoé avait refusé ce man­u­scrit par let­tre. Le refus, bien sûr; mais les argu­ments qui le jus­ti­fi­aient? Alam­biqués, crain­tifs. Eu égard à ce man­u­scrit, aucune pré­ten­tion. Peut-être est-il ennuyeux, illis­i­ble, ou, comme me le fai­sait savoir un ami écrivain à Paris tra­vail­lant de la lit­téra­ture sur rail, au sujet d’un autre man­u­scrit, “sans réel enjeu”. Tout de même je le reprends. Le mois passé dans les mon­tagnes au Nord du Mex­ique pour l’écrire créent autour de ce man­u­scrit une attente (il faudrait ajouter: rien de pire que mêler des sen­ti­ments per­son­nels au juge­ment que l’on tente de for­muler envers son pro­pre tra­vail) qui deman­dent de le con­fron­ter à l’avis d’un lecteur — au moins un.

Continuité

Attaque à main armée d’un cen­tre com­mer­cial en France voi­sine. Com­men­taire dans la presse: l’ac­tiv­ité de vente n’a pas été interrompue.

Parents

La maman de Mon­a­mi est morte ce matin. Gala me dit, nous assis­tons à notre pro­pre mort. Cette nuit je pen­sais, jamais mes par­ents ne par­lent de leurs parents.

Rap

Dans les films améri­cains de l’ère Bush, l’une des tor­tures infligée aux enfer­més musul­mans de Guan­tanamo con­siste à leur pass­er en boucle des titres de dark met­al scan­di­nave, œuvres de groupes que j’é­coute pour le plaisir, May­hem, Mar­duk ou Gor­goroth. Est-ce un mes­sage à l’in­ten­tion du spec­ta­teur occi­den­tal à qui l’on veut per­suad­er que la reven­di­ca­tion de satanisme de cette mou­vance musi­cale n’est pas qu’une plaisante imagerie (selon une for­mule proche de la duperie en quoi a con­sisté l’af­fir­ma­tion de l’ex­is­tence d’armes nucléaires en Irak)? Ou s’ag­it-il de met­tre en évi­dence la dif­fi­culté pour un musul­man auquel l’administration répub­li­caine impute un degré de civil­i­sa­tion inférieur d’en­ten­dre des sonorités qu’il est inca­pables d’analyser et qui relèvent donc de la tor­ture sonore? Il est vrai qu’à mon tour je trou­ve insup­port­able cette musique de repris de jus­tice et d’esclave économiques en quoi con­siste le rap des immigrés…

Nus

Cent fois par jour j’en­tre dans la salle à manger et cent fois par jour je mar­que le pas la vue arrêtée par l’araignée au pla­fond, en fait trois fils élec­triques nus.

Fuir

Com­bat. Lorsqu’on manque d’ex­péri­ence, on se porte au devant des coups dans l’e­spoir d’en don­ner. Plus tard, on recule, on évite. Celui qui maîtrise son art com­mence par fuir.

easyJet

Un jour­nal­iste appelle de Paris. Voix jeune mais chevrotante, mal assurée.
- C’est au sujet d’easy­Jet, qu’avez-vous à dire con­tre la com­pag­nie?
- Vous vous trompez, il ne s’ag­it pas d’un livre polémique. Vous l’avez lu?
- Non.
- Il s’ag­it de lit­téra­ture.
- Alors vous n’avez pas envie de cri­ti­quer la com­pag­nie?
- Non.
-…ah! Bien, je vous remer­cie de m’avoir répon­du. Bon­soir Mon­sieur, et excusez-moi!