Etres à l’arrêt

Ruang Rat road, en par­tie basse de Ranong, dans un décor de ville typ­ique de la Thaï­lande, mais somme toute proche du nôtre, avec son traf­ic insis­tant, ses pié­tons, ses mag­a­sins (et non pas bou­tiques) cette capac­ité, chez nous oubliée, qu’ont cer­tains indi­vidus d’être à l’ar­rêt, debout appuyés con­tre un mur ou assis sur le per­ron, le regard fix­ant suc­ces­sive­ment les motifs qu’of­fre la rue, mais sans aucune vel­léité d’ac­tion et ceci pen­dant des heures, des jours.

Chumphon

A Chumphon, nous atten­dons le bus dans un garage amé­nagé en bureau, assis sur une ban­quette face à trois employés. L’un dort la tête dans les bras, un autre mange, le chauf­feur guette la rue à la recherche d’autre voyageurs. Le bus est annon­cé pour treize heures. Pour l’in­stant, nous sommes seuls. Quand la dame a fini son riz, elle explique:
- Nous par­tons à l’heure si nous avons cinq pas­sagers. Qua­tre à qua­torze heures, trois à quinze heures… Vous com­prenez?
Je fais le cal­cul: si per­son­ne ne vient, nous par­tirons pour Ranong à seize heures, donc dans qua­tre heures.
Quelques min­utes plus tard Gala se lève.
- Il va être l’heure, plus per­son­ne ne vien­dra, lais­sons-leur nos bagages et allons nous promen­er!
Je pro­pose d’at­ten­dre un peu. Sage déci­sion. Soudain le chauf­feur saisit nos sacs et nous embar­que, le bus dépasse le marché, prend l’av­enue, un pas­sager monte, il redé­marre, plus loin il ramasse une mère et son nour­ris­son et en cam­pagne un cou­ple. Or aucun télé­phone n’a son­né, aucun sig­nal appar­ent n’a sem­blé con­tre­car­rer la déci­sion d’attendre.

Argent

Avoir de l’ar­gent et ne pas devenir un lâche.

Toboggan

Sur ce tobog­gan a coulé beau­coup d’encre.

Theroux

De l’Amérique, Paul Ther­oux dit qu’elle exporte prin­ci­pale­ment deux choses: la vio­lence et l’infantilisme.

Critique continuée

Peut-on imag­in­er que la cri­tique portée à une cer­taine incan­des­cence dématéri­alise le monde au point de le ren­dre inviv­able? Que fait-on alors? Se sépar­er du corps? Se fon­dre dans le silence?

Animalier

Ce matin, dans un hôtel qua­tre étoiles de Chumphon. Le jeune Thaï qui dans la salle du petit-déje­uner reçoit les hôtes, l’oeil rivé sur l’écran de télévi­sion, suit fasciné un doc­u­men­taire ani­malier améri­cain sur les moeurs des habi­tants d’Asie du sud-est.

Mémoire

D’une croix il mar­quait les endroits où il avait écrasé un moustique.

Gourde

Dans les ves­ti­aires du club de boxe, alors que nous ban­dons nos poignets, mon voisin étudie une pub­lic­ité qui pro­pose des arti­cles de sport.
- Et ça, com­ment dit-on déjà?
- Bidon. Du moins en France. En Suisse, on dit gourde.
- Com­ment?
- Une gourde.
- Ah, oui, comme dans l’ex­pres­sion com­met­tre une gourde.

Nest

Dans les faubourgs de Lat Kradang, près de l’aéro­port de Suvarn­ab­hu­mi. Le Nest hôtel est posé sur une dalle de ciment qui sert égale­ment de park­ing. L’ensem­ble des com­mod­ités a été bâti sur ce rec­tan­gle dur, piscine, ter­rasse, cab­ines de toi­lettes, abri pour vélo­mo­teurs et séparé d’un mod­este mur de briques de la voie du train qu’empruntent des con­vois toni­tru­ants. La sirène de la loco­mo­tive diesel reten­tit, juste après les cham­bres trem­blent. En sur­plomb de la petite table où nous buvons de la bière, haut dans le ciel, le métro aérien. Il glisse vers la sta­tion relais de Makkasan et le cen­tre de Bangkok. Sur les trois autres côtés du Nest hôtel, d’où son nom, des bassins où nagent des mil­liers de tortues.