Chaque jour il peignait des tableaux noirs Sa femme tentait de vendre ces toiles mais revenait le plus souvent bredouille. Faute d’argent, il manqua bientôt de toiles. Un choix s’imposait. Il ne pouvait acheter et les toiles et la couleur. Il acquit des tubes de noir et s’attaqua à l’appartement.
Echange
Messages que mitraille Tatlin sur mon portable. Expérience neuve. Elle répond à une question mais a posé entre temps une autre question, j’y réponds. Court-circuit qui crée un dialogue fou. Dans les interstices transparaissent de aveux. Il est ainsi plus facile de lui dire ce que je ressens: tu es étrangère et inabordable, tu fuis (elle a passé un an en asile et je suis un des seuls à qui elle parle dans Fribourg, il ne s’agit pas d’une simple affaire de flirt). Pourtant que fais-je d’autre que l’aborder, et cela depuis un an? Tout-à-l’heure je la croise au restaurant. Grands yeux, grande femme. Elle lit depuis le matin, me reconnaît à peine, tend la main, cherche à me situer. Nous échangeons deux mots. A croire que l’on en se connaît pas. Et maintenant, trente messages en quelques minutes: il est question de voyage, de Descartes, de neurolinguistique, de combats MMA, de vagabondage, d’amour. Dans ce monde mêlé de virtuel, nous ne sommes plus corps ni esprits mais amas moléculaires.
Cinquante ans
Après la soirée à Gy, départ pour Verbanne. Mal de tête, les yeux fatigués, tout y est. Mais la journée est splendide. Je monte depuis Sierre, doit rebrousser chemin dans la station de Verbanne, la route qui mène à Ply d’Ar est barrée, il y a exposition de jeeps. Je me gare chez Monami et rejoins le télécabine, puis déposé au sommet, je descends en quelques vingt minutes à Merich. Monami décharge la sono sur laquelle son groupe jouera et nous montre les chambres: de magnifiques suites avec vue sur les Alpes et salle de bains dernier cri. Un cinq étoiles que ses propriétaires n’ont pas encore mis sur le marché. Nous sommes à 2100 mètres, trente invités sont attendus, je partage la chambre avec un chanteur d’Opéra.
Ecritures
Achevé Fordétroit en fin de matinée. Je le mets sous pli, l’envoie sans un mot à Gérard Berréby. Séparément, j’écris un mail dans lequel je lui annonce l’envoi et lui dis mon idée d’un livre qui s’intitulerait Une nouvelle vision du monde: l’antitourisme. Pour qu’il saisisse le propos, je donne quelques exemples (les seuls que je connaisse): la contestation estudiantine à Kuta-Bali, les émeutes dans le vieux quartier de Barcelone, la marchandisation d’Angkor, les militants écologistes contre le ski héliporté. Il me faut maintenant terminer la réécriture de Roman D.C. Cette sinécure. Il y a un an que j’en parle à l’Age d’homme. Si l’énergie m’est gardée, après avoir écrit vendredi ma contribution sur le canal de la Suze que l’on me demande pour un ouvrage collectif, je commencerai Ecriture, bière, combat (spectacle de soi, vol.1) dont je ne me fais aucune représentation précise si ce n’est qu’il commencera par la narration de cette journée merveilleuse vécue dans la campagne de Soria, en Espagne, à l’été 1990 et à la fin de laquelle nous sont apparues ce qui pourrait bien être des O.V.N.I.