Noir

Chaque jour il peignait des tableaux noirs  Sa femme ten­tait de ven­dre ces toiles mais reve­nait le plus sou­vent bre­douille. Faute d’ar­gent, il man­qua bien­tôt de toiles. Un choix s’im­po­sait. Il ne pou­vait acheter et les toiles et la couleur. Il acquit des tubes de noir et s’at­taqua à l’appartement.

Voile

Aplo me dit: “Papa, c’est il y a une fille voilée dans la classe de mon ami Jean.” Je hoche la tête en silence. N’en pense pas moins. Jusqu’où pense-t-on revis­iter la révolution?

Aplo

Comme je m’in­quiète de savoir s’il souhaite plus de lib­erté et sor­tir la nuit, Aplo me dit ceci: “papa, les enfants de mon âge sont de plus en plus petits, il ne sen­tent pas l’ur­gence sortir.”

Présentation

Mais pourquoi cette obses­sion chez les car­ac­tères vir­ils, hommes de force, ama­teurs d’armes, reg­istres de puis­sance, de la coupe de cheveux rase qui présente le vis­age dans la nudité de ses traits?

Echange

Mes­sages que mitraille Tatlin sur mon portable. Expéri­ence neuve. Elle répond à une ques­tion mais a posé entre temps une autre ques­tion, j’y réponds. Court-cir­cuit qui crée un dia­logue fou. Dans les inter­stices transparais­sent de aveux. Il est ain­si plus facile de lui dire ce que je ressens: tu es étrangère et inabor­d­able, tu fuis (elle a passé un an en asile et je suis un des seuls à qui elle par­le dans Fri­bourg, il ne s’ag­it pas d’une sim­ple affaire de flirt). Pour­tant que fais-je d’autre que l’abor­der, et cela depuis un an? Tout-à-l’heure je la croise au restau­rant. Grands yeux, grande femme. Elle lit depuis le matin, me recon­naît à peine, tend la main, cherche à me situer. Nous échangeons deux mots. A croire que l’on en se con­naît pas. Et main­tenant, trente mes­sages en quelques min­utes: il est ques­tion de voy­age, de Descartes, de neu­rolin­guis­tique, de com­bats MMA, de vagabondage, d’amour. Dans ce monde mêlé de virtuel, nous ne sommes plus corps ni esprits mais amas moléculaires.

Partage

Vieil­lir c’est ne plus pou­voir partager quand on est enfin disponible au partage. Et si on ne peut partager, c’est qu’on en sait trop et que le des­ti­nataire ne peut, faute de matu­rité, recevoir.

Exercice

Ils s’employaient à croire à leur impor­tance. L’ex­er­ci­ce con­sis­tait avant tout à faire taire les critiques.

Pouvoir

Si je ne peux pas la séduire avec tout ce que je sais, tout ce que je suis, tout de que je dis, je ne peux pas la séduire.

Cinquante ans

Après la soirée à Gy, départ pour Ver­banne. Mal de tête, les yeux fatigués, tout y est. Mais la journée est splen­dide. Je monte depuis Sierre, doit rebrouss­er chemin dans la sta­tion de Ver­banne, la route qui mène à Ply d’Ar est bar­rée, il y a expo­si­tion de jeeps. Je me gare chez Mon­a­mi et rejoins le télé­cab­ine, puis déposé au som­met, je descends en quelques vingt min­utes à Merich. Mon­a­mi décharge la sono sur laque­lle son groupe jouera et nous mon­tre les cham­bres: de mag­nifiques suites avec vue sur les Alpes et salle de bains dernier cri. Un cinq étoiles que ses pro­prié­taires n’ont pas encore mis sur le marché. Nous sommes à 2100 mètres, trente invités sont atten­dus, je partage la cham­bre avec un chanteur d’Opéra.

Ecritures

Achevé Fordétroit en fin de mat­inée. Je le mets sous pli, l’en­voie sans un mot à Gérard Berré­by. Séparé­ment, j’écris un mail dans lequel je lui annonce l’en­voi et lui dis mon idée d’un livre qui s’in­ti­t­ulerait Une nou­velle vision du monde: l’an­ti­tourisme. Pour qu’il sai­sisse le pro­pos, je donne quelques exem­ples (les seuls que je con­naisse): la con­tes­ta­tion estu­di­antine à Kuta-Bali, les émeutes dans le vieux quarti­er de Barcelone, la marchan­di­s­a­tion d’Angkor, les mil­i­tants écol­o­gistes con­tre le ski héli­porté. Il me faut main­tenant ter­min­er la réécri­t­ure de Roman D.C. Cette sinécure. Il y a un an que j’en par­le à l’Age d’homme. Si l’én­ergie m’est gardée, après avoir écrit ven­dre­di ma con­tri­bu­tion sur le canal de la Suze que l’on me demande pour un ouvrage col­lec­tif, je com­mencerai Ecri­t­ure, bière, com­bat (spec­ta­cle de soi, vol.1) dont je ne me fais aucune représen­ta­tion pré­cise si ce n’est qu’il com­mencera par la nar­ra­tion de cette journée mer­veilleuse vécue dans la cam­pagne de Soria, en Espagne, à l’été 1990 et à la fin de laque­lle nous sont apparues ce qui pour­rait bien être des O.V.N.I.