Adaptation

Au bout d’une heure, ils recon­nurent qu’ils sen­taient moins le froid. Or, il fai­sait chaud. Preuve qu’ils ne tarderaient pas à mourir.

isolation

Et pour m’isol­er tout-à-fait, je ne manque jamais d’en­fon­cer des tam­pons dans mes oreilles.

Sommeil

Quand ils dis­ent la nuit encore peu avancée, “bon, je vais aller me couch­er!”, serait-ce qu’ils ont décou­vert quelque chose à pro­pos du som­meil qu’un jeune ne peut comprendre?

Vieillards

Sym­pa­thie pour ces vieil­lards qui assis arrê­tent de fonc­tion­ner. Jusque là, ils étaient dans le flux, bous­culés. Voilà qu’ils ren­trent en eux-mêmes, s’en­fouis­sent, sont là et n’y sont pas.

Craintes

Sol­lic­i­tant un ami, s’il tarde à répon­dre, j’en déduis aus­sitôt qu’il m’en veut. Cette crainte est peut-être imputable aux con­tra­dic­tions man­i­festes poussées devant soi afin d’éprou­ver le poids du monde: elles pla­cent l’imag­i­naire en attente de ripostes.

Cabanes

Deleuze par­le sem­ble-t-il d’une devenir-ani­mal des hommes qui s’in­stal­lent dans les cabanes ou rêvent de le faire. C’est le con­traire. Devenir-homme. La vie au sens niet­zschéen. Deleuze sur les cabanes, une pro­jec­tion de citadin.

Fribourg

Je me réveille dans mon immeu­ble, ma cham­bre, mon lit. Oui, me dis-je avec angoisse, mais dans quelle ville? Je cherche son nom. A Fri­bourg, tu es à Fri­bourg. Or, cela ne me paraît pas évi­dent. Y a‑t-il des preuves que je suis bien à Fri­bourg? Après tout, me dis-je, ce n’est mar­qué nulle part.

Box

Sur le bord de l’au­toroute à la hau­teur de Châ­tel-Saint-Denis, au milieu d’un pré à vach­es, pose de témoins de con­struc­tion à Pâques. Dès lors, à chaque pas­sage, j’ob­serve les pro­grès du chantier. Fin juin, le bâti­ment est achevé. Le gabar­it est impor­tant, l’ef­fet désas­treux. Je cherche quelle usine  jus­ti­fi­ait le déclasse­ment de ce site.La semaine suiv­ante, un cal­i­cot annonce: louez un box pour remisez vos choses.

Pharmacie générale

En phar­ma­cie, la vendeuse à qui je demande de l’aspirine en poudre:
- Vous con­nais­sez?
- Oui.
- Je vous mets tout de même en garde: pas plus de trois sachets par jour, ce pro­duit flu­id­i­fie le sang.
Puis aperce­vant mon para­pluie.
- N’allez pas vous bless­er!
Et comme je sors:
- Atten­tion à la porte!
Le jardin d’en­fant pour tous: vous tra­versez hors du pas­sage pié­ton, on vous mets en garde, vous buvez une bière de trop, on vous ser­monne, vous sortez votre fils de l’é­cole, on vous rap­pelle le règle­ment, vous n’avez pas la télévi­sion, on vous rap­pelle que c’est oblig­a­toire, qu’il faut donc pay­er quand bien même vous ne l’au­riez pas…

Séparation

Il y a vingt-cinq ans, j’é­tais au buf­fet de la gare de Genève, infin­i­ment triste. Mara était face à moi. Elle me quit­tait. Des buveurs aux faciès cramoi­sis s’aidaient de leur cra­vate pour amen­er à leurs lèvres le pre­mier verre de vin de la journée. Il était 5h30. Lorsqu’une femme vous quitte, les con­séquences sont trag­iques, douloureuses. Mais lorsqu’on a vécu, prof­ité, blessé, com­mis des erreurs, elles le sont moins. A l’âge mûr, la sépa­ra­tion est moins tor­tu­rante. A vingt-cinq ans, parce qu’on ne voit pas le monde, on tombe dans le vide; à cinquante, on tombe dans le plein.