Drame moderne

Le drame du monde mod­erne, pour Hölder­lin et Schiller, c’est que ” les dieux s’en sont allés et tout ce qui était beau, tout ce qui était noble, ils l’ont emporté avec eux”. Pierre Hadot.

Rêve

Rêve effrayant. Je ne pen­sais pas mon esprit capa­ble de pro­duire de telles per­ver­sités. Racon­ter serait choquant et quant au détails, sans intérêt. Un jeu de pistes sex­uel conçu par un groupe d’hommes. Tous sont mis avec soin mais les accou­trements soulèvent l’indig­na­tion des pas­sants. Ce per­son­nage au ven­tre nu, au faciès libidineux, porte la mitrail­lette. Tel autre, en cha­peau haut de forme, mon­tre sa verge. Cha­cun des joueurs occupe un point de la rue en badaud. Un sig­nal secret déclenche le départ du jeu. Je con­nais cha­cun des joueurs. A leurs vis­ages s’a­joutent leurs expres­sions habituelles et leur la gage. Le pris­on­nier par exem­ple, comme dans la réal­ité, est vol­u­bile. A la fin, nous nous retrou­vons à trois dans un boudoir décoré à la manière des cab­i­nets de pho­tographes du XIXème. Nos pos­tures évo­quent les pein­tres déca­dents. Suit l’ac­tion. Au cours des péné­tra­tions, je décou­vre le secret de Tatlin: elle a un pénis. Quand le jeu s’ar­rête par épuise­ment des par­ties, une matrone nous intime l’or­dre de jeté tout ce que nous por­tions sur le corps.
- La mon­tre aus­si? Et les mocassins? Et ma chaînette?
- Tout.

Pissoirs

Sur la route de Nam­tok, des pis­soirs vrais. Trente ans qu’ils n’ont pas été lavés. Alors on voit ce que c’est que de l’urine en couche, bien jaune, sa puan­teur, sa gélatine.

Vie

Qu’il puisse exis­ter encore tant de vie sim­ple fascine. Quant à se l’ad­join­dre… Nous avons été coupés. Et la coupure grandit.

Ethnologie

A quoi sert l’eth­nolo­gie? A par­ler de soi. Dans l’anam­nèse des psy­ch­an­a­lystes, on véri­fie au moins que le pou­voir n’est pas entre nos mains.

Plasticité

Et de sur­croît voué à dis­paraître parce que je ne vois pas les événe­ments en images.

Rentabilité

Ils avaient de grandes attentes, ils eurent de grandes décep­tions. Mod­i­fi­er les attentes pour ren­dre moins grandes les décep­tions devient dès lors un pro­jet sociale­ment rentable.

Projet second

Pro­jet sec­ond — le pre­mier rel­e­vant des visées économiques — détru­ire les cul­tures. Pour cela, détru­ire les langues. Exacte­ment, la langue. Puis la recréer dans l’or­dres des visées. Pla­ton: la langue que pra­tiquent les Sophistes n’a qu’un ser­vice, le pou­voir. Elle est séman­tique­ment pau­vre. Vouée à l’u­ni­latéral. Socrate est dan­gereux, il maîtrise la langue et parle.

Souci moral

On se demande ce qu’on a fait de sa vie. La réponse n’est pas glo­rieuse. Mais se le deman­der prou­ve que le temps de l’ab­di­ca­tion n’est pas venu. Rester vivant fait par­tie de la réponse.

Tolérance

Cette con­struc­tion aber­rante de l’e­sprit, nos imbé­ciles suiss­es, précédés de nos imbé­ciles européens, eux-mêmes tombés aux sirènes de l’Amérique, la nom­ment “tolérance” — les guillemets ne sont pas de leur fait, ils déno­tent l’usage détourné du terme. Cela per­met entre autres d’ex­cuser un voleur rel­e­vant d’une cul­ture allogène sous le pré­texte fal­lac­i­eux que tout le monde vole. Il suf­fit de voy­ager dans une société saine, c’est-à-dire struc­turée par un rap­port de néces­sité et la con­science d’un des­tin uni­taire, pour savoir que cela est faux. L’ex­o­tisme mêlé de malveil­lance qui tient lieu à nos imbé­ciles de jus­ti­fi­ca­tion à la défense de telles impos­tures idéologiques tient au fait qu’ils ne voy­a­gent qu’à tra­vers leur utopies. Leur imbé­cil­lité ayant des lim­ites, ils ont vu que l’u­topie n’é­tait pas de ce monde et plutôt que d’en chang­er, met­tent la langue au ser­vice du mensonge.