Quand une homme politique vous approche, il n’y a qu’une attitude: lui tourner le dos.
Atteinte
Critiques adressées à Fordetroit par les libraires qui font état de leur lecture pour les auditeurs de la radio. Les dialogues dit ainsi J. sont ineptes, absurdes (elle a raison). En soirée, autour de la table de restaurant, on me demande comment je reçois ces critiques.
- Je suis inatteignable.
Un peu surpris de ce que je viens de dire, je cherche à m’expliquer avant de m’apercevoir que le mot traduit bien mon sentiment. J’écris ce que je veux écrire; aucun autre motif que l’envie ou le besoin. Dès lors, toutes les critiques sont fondées. N’ayant pas de visée, je ne connais pas d’emblée mes directions. Or, une critique étant d’abord un jugement de réussite ou d’échec quant à une direction, elle est dans mon cas à la fois vraie et fausse, donc sans atteinte.
Amusement
M’inquiète parfois dans le monde adulte, le renoncement à s’amuser. L’effort devrait être une garantie suffisante du sérieux. A quoi bon lui donner d’autres gages? Ou alors s’agit-il d’un oubli de l’amusement? Une dimension serait perdue, peut-être irrécupérable. Je ne parle pas de faire la fête. Cela n’est pas de l’amusement mais une destruction nécessaire. Je parle de la pyramide que l’on tourne sur le nez.
Mails
Perturbations liées aux courriers mails que j’écris, jusqu’à trente et quarante par jour, retrouvant mes interlocuteurs autour d’un verre, et cela encore plus s’ils habitent dans un autre pays et que je ne les rencontre que de temps à autre, car alors notre relation est d’abord épistolaire ensuite réelle; ainsi, j’entame un sujet et ce faisant, je me demande si je ne m’en suis pas déjà ouvert à eux. Bientôt pris de doute, je demande:
- … vous en ai-je déjà parlé?
Rassuré quand l’autre dit “non”, mais inquiet d’être incapable de trancher seul.
Poutine
Dix-neuvième minutes du discours du président Poutine devant l’Assemblée générale de l’O.N.U. ce 28 septembre 2015: “Il y a certains États qui optent pour la création d’associations économiques prioritaires à caractère restreint et même les négociations concernant les blocs économiques sont menées en cachette, à l’insu des citoyens, des milieux d’affaire, de la société civile et d’autres États dont les intérêts peuvent par conséquent être touchés sans qu’ils ne soient informés. Il se peut qu’on veuille nous mettre tous devant le fait accompli et devant une réécriture des règles du jeu au profit d’un cercle restreint de privilégiés même sans la participation de l’O.M.C.”
Paris
Traversant ce matin le pont d’Arcole, je me disais, je suis content, je suis heureux, tout est bien: je suis amoureux de ma femme, mes livres ont des lecteurs, j’arrête de travailler, les enfants sont solides, je vais partir en Asie, et la rue devenait lumineuse, la foule autour de Notre-dame s’éclaircissait.
Durer
Qui croit que cela peut durer? Je fréquente des intellectuels, des policiers, des étudiantes, un manutentionnaire, des paysans, un marionnettiste, des résistants, je discute avec un bègue, un agent immobilier, un tireur d’élite, de riches Mexicains, l’inquiétude est générale. Et monte. Ce qui monte à à la fin déborde.
Wok
Il y vingt-cinq ans, une amie d’Olofso en visite au squat nous fait cadeau d’un wok. Nous n’utilisions pas de casserole, alors un wok. Je la remercie.
- Mais nous n’utilisons pas de wok.
Lorsqu’elle nous quitte, je dis à Olofso: cette femme est un caporal.
Hier, Olofso de retour de chez elle, me dit: elle a des lapins, des moutons, un cheval, des poules, elle fait des confitures, met en boîte des tomates, presse son huile, elle a rénové toute la maison… Ses enfant l’appellent la Général.