Mouvement

Quand une homme poli­tique vous approche, il n’y a qu’une atti­tude: lui tourn­er le dos.

Atteinte

Cri­tiques adressées à Forde­troit par les libraires qui font état de leur lec­ture pour les audi­teurs de la radio. Les dia­logues dit ain­si J. sont ineptes, absur­des (elle a rai­son). En soirée, autour de la table de restau­rant, on me demande com­ment je reçois ces cri­tiques.
- Je suis inat­teignable.
Un peu sur­pris de ce que je viens de dire, je cherche à m’ex­pli­quer avant de m’apercevoir que le mot traduit bien mon sen­ti­ment. J’écris ce que je veux écrire; aucun autre motif que l’en­vie ou le besoin. Dès lors, toutes les cri­tiques sont fondées. N’ayant pas de visée, je ne con­nais pas d’emblée mes direc­tions. Or, une cri­tique étant d’abord un juge­ment de réus­site ou d’échec quant à une direc­tion, elle est dans mon cas à la fois vraie et fausse, donc sans atteinte.

Amusement

M’in­quiète par­fois dans le monde adulte, le renon­ce­ment à s’a­muser. L’ef­fort devrait être une garantie suff­isante du sérieux. A quoi bon lui don­ner d’autres gages? Ou alors s’ag­it-il d’un oubli de l’a­muse­ment? Une dimen­sion serait per­due, peut-être irrécupérable. Je ne par­le pas de faire la fête. Cela n’est pas de l’a­muse­ment mais une destruc­tion néces­saire. Je par­le de la pyra­mide que l’on tourne sur le nez.

Chambre

Au fond, ce qui compte le plus pour moi, c’est ma cham­bre, son lit, sa table. Son lit et sa table. C’est de cela dont je vais me séparer.

Clément Rosset

Savoir vivre sig­ni­fie savoir tout ren­dre (à la mort).

Mails

Per­tur­ba­tions liées aux cour­ri­ers mails que j’écris, jusqu’à trente et quar­ante par jour, retrou­vant mes inter­locu­teurs autour d’un verre, et cela encore plus s’ils habitent dans un autre pays et que je ne les ren­con­tre que de temps à autre, car alors notre rela­tion est d’abord épis­to­laire ensuite réelle; ain­si, j’en­tame un sujet et ce faisant, je me demande si je ne m’en suis pas déjà ouvert à eux. Bien­tôt pris de doute, je demande:
- … vous en ai-je déjà par­lé?
Ras­suré quand l’autre dit “non”, mais inqui­et d’être inca­pable de tranch­er seul.

Poutine

Dix-neu­vième min­utes du dis­cours du prési­dent Pou­tine devant l’Assem­blée générale de l’O.N.U. ce 28 sep­tem­bre 2015: “Il y a cer­tains États qui optent pour la créa­tion d’associations économiques pri­or­i­taires à car­ac­tère restreint et même les négo­ci­a­tions con­cer­nant les blocs économiques sont menées en cachette, à l’in­su des citoyens, des milieux d’af­faire, de la société civile et d’autres États dont les intérêts peu­vent par con­séquent être touchés sans qu’ils ne soient infor­més. Il se peut qu’on veuille nous met­tre tous devant le fait accom­pli et devant une réécri­t­ure des règles du jeu au prof­it d’un cer­cle restreint de priv­ilégiés même sans la par­tic­i­pa­tion de l’O.M.C.”

Paris

Tra­ver­sant ce matin le pont d’Ar­cole, je me dis­ais, je suis con­tent, je suis heureux, tout est bien: je suis amoureux de ma femme, mes livres ont des lecteurs, j’ar­rête de tra­vailler, les enfants sont solides, je vais par­tir en Asie, et la rue deve­nait lumineuse, la foule autour de Notre-dame s’éclaircissait.

Durer

Qui croit que cela peut dur­er? Je fréquente des intel­lectuels, des policiers, des étu­di­antes, un manu­ten­tion­naire, des paysans, un mar­i­on­net­tiste, des résis­tants, je dis­cute avec un bègue, un agent immo­bili­er, un tireur d’élite, de rich­es Mex­i­cains, l’in­quié­tude est générale. Et monte. Ce qui monte à  à la fin déborde.

Wok

Il y vingt-cinq ans, une amie d’Olof­so en vis­ite au squat nous fait cadeau d’un wok. Nous n’u­til­i­sions pas de casse­role, alors un wok. Je la remer­cie.
- Mais nous n’u­til­isons pas de wok.
Lorsqu’elle nous quitte, je dis à Olof­so: cette femme est un capo­ral.
Hier, Olof­so de retour de chez elle, me dit: elle a des lap­ins, des mou­tons, un cheval, des poules, elle fait des con­fi­tures, met en boîte des tomates, presse son huile, elle a rénové toute la mai­son… Ses enfant l’ap­pel­lent la Général.