Río Cuchiate

Au bout d’une rue en terre flan­quée de maisons bass­es, le pas­sage de douane. Un pick-up déclenche sa sirène. L’é­cho rem­plit l’im­passe. Portes ouvertes, intérieures. Sur les toits sèche du linge. Aplo pousse un tourni­quet. Rouil­lé, il couine. Couloir fer­ré sur trois côtés, nous avançons, puis un autre tourni­quet. Devant le bâti­ment de douane, aucun offi­ciel. Une volée d’escaliers mène à un guichet. Der­rière la vit­re plac­ardée d’avis de dis­pari­tion de l’É­tat du Chi­a­pas, la fonc­tion­naire, sa tête au ras du comp­toir. Elle attrape nos passe­ports, les tam­ponne. Moi qui m’at­tendais à croupir deux heures comme l’an dernier sur la ligne Chetu­mal-Belize! La fonc­tion­naire dit: “allez par là main­tenant!”. Cette fois, il y a un offi­ciel devant le bâti­ment. Sans autre geste, il con­firme: “par la passerelle”. Nous emprun­tons la seule passerelle vis­i­ble. Elle mène au pont qui nous fera tra­vers­er la riv­ière Cuchi­ate, fron­tière naturelle avec le Guatemala. Mais elle est con­damnée. Chaîne et cade­nas. Retour au bâti­ment. A nou­veau je demande à l’of­fici­er de fac­tion “la passerelle”. Même geste vague suivi de sa con­fir­ma­tion: “par la passerelle”. Et nous débou­chons côté Mex­ique, dans la rue en terre flan­quée de ses maisons où le pick-up con­tin­ue de jouer sa sirène.

Voyage

Être emporté plus loin, tou­jours plus loin, l’oeil sur la route, à la fois intéressé et indif­férent puisque c’est tou­jours la même route. 

Baies de Huatulco 2

Après le Paci­fique et ses mon­tagnes russ­es, bus de nuit pour Tapachu­la d’où nous gag­nerons la fron­tière du Guatemala et Tecun Uman. Durée du tra­jet, douze heures. Je m’en­dors aus­sitôt. Quand Aplo me réveille, les autres pas­sagers sont déjà descen­dus, nous sommes ren­dus, il com­mence de faire jour, c’est Tapachu­la, ville inter­lope, pous­siéreuse, sans trot­toirs, ce dimanche à demi-déserte, des Noirs transfuges du Belize vendent de l’eau à la criée et ramassent les poubelles, les Indi­ens acha­lan­dent leur bou­tiques de faux, leurs paniers de légumes, de fruits, de vian­des. Petit-déje­uner épais sous un écran qui dif­fuse un film de catch (les per­son­nages vivent avec leurs masques) puis taxi col­lec­tif pour Ciu­dad Hidalgo.

Baies de Huatulco

Au milieu de cinquante Mex­i­cains hilares, sur le pont d’un bateau d’ex­cur­sion qui affronte en musique, ce same­di, pen­dant qua­tre heures, de forts rouleaux. L’an­i­ma­teur joue du Karaoké, les familles accrochées au bastin­gage saut­ent en l’air au rythme des creux et hurlent, et chantent. Côté terre, des plages vierges, entre les deux des baleines grises.

Scène

Gosse de six ans qui men­ace d’une brique la horde de chiens qui rôde devant la bou­tique de famille.

Téléphonie

J’ig­no­rais que ces nou­veaux mod­èles étaient aus­si com­plex­es. Si j’avais su, j’au­rai lais­sé mon achat de Oax­a­ca dans sa boîte. J’au­rai tenu bon. Avec le précé­dent. Même humide, clig­no­tant, défectueux. Voilà trois jours qu’Ap­lo s’af­faire. Mes comptes sont bloqués.

Obsession

Tous les jours du Gua­camole. Du Gua­camole, encore du Guacamole.

Z.

Travis, le per­son­nage homo­sex­uel de mon livre Forde­troit, apprenant mon départ pour le Mex­ique a dit : “ma soeur vit à Zipo­lite”. J’ig­no­rais que cette plage se trou­vait à une encâblure de Puer­to Ángel. Nous y sommes allés ce soir. De vieux Améri­cains promè­nent leur sexe bagué en fix­ant l’hori­zon, des les­bi­ennes à cheveux bleus roulent des patins, les Mex­i­cains regar­dent ou imi­tent, “et cela, déclare notre chauf­feur, ce sont les pré­parat­ifs pour le fes­ti­val de la nudité”.

Puerto Ángel 2

Etrange sen­sa­tion à la pen­sée que l’Alle­mand chez qui j’ai logé en hamac pen­dant une semaine, avec l’écrivain O.T., il y a de cela quar­ante ans, l’Alle­mand qui venait de s’établir, pren­dre une épouse indi­enne et menait à bien le chantier de con­struc­tion de sa future la Guest house est mort depuis longtemps.

Puerto Ángel

Hôtel de bois enfoui dans les feuil­lages, poules, coqs, chiens, leur con­cert noc­turne, inter­minable et dès l’aube un per­ro­quet qui crie (mille fois): “Mama!”.