Parce que la langue est le moyen de communication usuel, chacun s’estime capable de penser. Cela revient à dire devant un violoniste que, sans avoir jamais appris, l’on joue parfaitement.
Fin des routines
La dérive des situationnistes s’oppose à la routine, c’est à dire à l’espace et au temps rationalisés. Elle revendique le monde contre la société. Mais quand Debord évoque avec nostalgie les décors de Paris, ce n’est pas tant à l’évolution urbaine qu’il faut penser — elle est de toutes les époques — qu’à l’imposition d’un monde construit pour la routine et qui n’exprime que celle-ci. L’histoire à laquelle nous sommes désormais confrontés est celle de la succession de ces routines qui chorégraphient les corps et disposent les esprits à réaliser de façon toujours plus adaptée un programme politique mis au service de l’économie de marché. Jusqu’au moment, prochain, où le programme ne donnant plus de résultat, ses ordonnateurs chercheront des solutions dans le monde et s’apercevront qu’il n’existe plus.
Plages
Vingt plages s’étendent de chaque côté de mon immeuble. Il y a celle des chats. Les poissons se méfient, les chiens l’évitent. Il y a celle des touristes, près de la jetée où accostent les bâtiments de croisière. Quand on y voit de baigneurs, c’est que l’eau est trop froide. Celle des kit surfers: leur présence indique qu’on ne peut faire ni kayak ni surf. Quant à la plage protégée par la grotte de la Vierge, les jours où elle est fréquentée, il faut éviter de faire du vélo: le sable vole.