Les commerçants en vérités religieuses, maître du contrôle des consciences, grands ordonnateurs de l’attente: “bientôt, répètent-ils quand l’attention des ouailles semble se relâcher, de grandes vérités seront révélées”
Editeurs
Étranges éditeurs. De vous, ils reçoivent des textes. En apprennent sur ce que vous pensez, ce que vous êtes. Page après page, comment faire autrement, l’auteur se livre et eux, secrets, ne lâchent pas ça. Il y en a même qui, en plus de vous faire écrire, vous font parler. Ils donnent la réplique. On s’y trompe, ils ne cèdent rien.
Aéroport 3
Aplo est arrivé. Nous déjeunons en ville de chocolat et de churros, achetons un enregistreur vocal et installé au salon, alors que le ciel tonne, je parle une heure devant le microphone du langage, de la langue, de ses emplois, de la littérature. Il prend des notes en vue de l’examen du baccalauréat.
Hollande
Dans les toilettes de l’école, partie urinoirs. J’ai tiré la porte mais elle est ouverte. Je porte des gants de chantier. Pour pisser, je les retire, mais alors, le membre à l’air, je vois qu’il n’y a nulle part où les poser et arrive François Hollande suivi de deux élèves dont il corrige les devoirs. A la femme qui louche vers mon pissoir, je fais:
- Eh bien, là au moins il sert à quelque chose!
Ski de fond
Francisco me parle de sa femme. Elle lit. De tout. Livres d’histoire, romans, de préférence des romans historiques dont les pages sont remplies de dates. A chaque page, elle ne consacre qu’une poignée de secondes. Sa mémoire est photographique. J’ai fait l’essai, me dit-il. Tandis qu’elle lisait, je me suis placé derrière elle. J’avançais de cinq lignes, déjà elle tournait la page. Mais enfin, lui ai-je dit, tu te moques de moi! Ce n’est pas possible! Elle a fermé le livre, elle m’a répété le contenu de la page. Petite déjà, elle possédait cette faculté. Ses parents lui ont offert une encyclopédie. Elle n’a jamais oublié. Aujourd’hui encore, elle la sait par cœur. Tu imagines quand tu joues avec elle au Trivial Pursuit? Moi, je fais du ski de fond.
Axarquie
Samedi, la mer s’est soulevée. Des bourrasques se sont abattues sur le village, les sables du Levant ont inondé les quartiers. Toute la nuit l’immeuble a tremblé comme un navire sans quille. Le dimanche, la pluie a continué. Des montagnes ruisselait une eau brune. Je suis descendu sur le quai. L’assaut des vagues effaçait la plage. Il régnait une chaleur anormale, chargée d’humidité, asiatique. Mais ce n’est que lundi, alors que j’allais à l’entraînement par la promenade maritime, que j’ai vu la couleur nouvelle de la ville: une lumière de poudre faisait ressortir les tons pastels, il y avait plus de rose que de gris aux façades, maculés de sable saharien, les routes, les trottoirs, les toits étaient terreux. Le long des douze kilomètres que je parcours, une ribambelle de municipaux récurait à coups de jet et de brosse pour faire revenir les couleurs.