On a tort de s’échiner à construire le monde dans lequel on aimerait vivre car il y a, en parallèle, un chantier mieux pourvu en finance comme en ouvriers. Cependant le régime de l’action sera toujours insuffisant: ceux-là qui commandent à la réalité par le parallèle n’ont que l’idée de leur action. Creusons les idées, on s’y réfugie mieux qu’on ne le croit. L’action suivra.
Des monstres
Au supermarché (état des lieux oblige, le Supersol) deux montres nées femmes. L’aînée n’a pas trente ans. Elle pèse — j’évalue d’un œil sans expertise ‑140 kilos. En avançant le menton, la frangine se voit encore les cuisses. Gabarit relatif. En progrès. L’une des deux est mère puisque trottine dans leurs basques une enfant boule. Nous sommes au pain.
- Mais ça pue, dit Aplo.
Éduqué, quoique cela n’y fasse rien puisqu’elles ne parlent pas un traître mot de français, je fais l’innocent:
- Mais non!
Aplo qui n’est pas dupe:
- Je t’attends dehors.
Distance
Combat joué avec une femme de vingt ans, une fluette aux yeux bleus tachetés, à sa façon belle. Le corps est mince et dansant. Elle s’amuse, elle est gauche. Le poids de la raison et sa fatigue n’ont pas encore alourdi le destin. Elle saute, elle tressaute. Nous plaisantons. Tantôt elle parle allemand tantôt espagnol. Honte d’être de l’autre côté. Interdit, je me représente ce fait. L’accepte et me révolte. Et l’accepte.
Lumière
Après de longues heures à discuter du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, voici l’excellente promenade du bord de mer par un jour lumineux. Nous passons un rocher, un cactus, des perroquets, des mères qui poussent leurs enfants, un palmier, un banc de sable, une terrasse emplie de rires et je fais remarquer à Aplo:
- Quoi d’autre?