La vie est bien faite: quand on plus les moyens d’être déraisonnable, on découvre qu’on a été inutilement raisonnable.
Longues chaises
Combien d’objets ai-je achetés — je manquais dire: au cours de ce siècle — sur demande de Gala? Choses qui livrées, montées, disposées dans le champ du regard, ne servent pas. Dernières en date, les chaises longues. Nous avons une terrasse. Deux terrasses. Lien nécessaire, il faut des chaises longues. De retour de Suisse, je les trouve retournées par la tempête qui a sévit sur le littoral. Le blanc immaculé et rassurant du tissu que j’ai apprécié au déballage est sali de la terre des pots de cactus renversés par les trombes. Je regarde les chaises et je me demande quand ces dernières années j’ai vu Gala allongée au soleil, sans même parler de moi qui ne m’allonge jamais que pour deux activités dont l’une est le sommeil.
Débarquement
Pourquoi la vie, à mesure qu’elle se déroule devient spirituelle ou lamentable? Parce qu’on voit, devine, comprend, retient et réfléchi. Et décide ou ne décide pas. De même pour les sociétés. Lancées sur leur trajectoire, elles traversent des âges de complexité croissante. Elles forgent des moyens de culture. Elle considèrent ce qu’elles sont. Prennent ou ne prennent pas acte. Débarquer en masse sur les rives de l’occident des idiots permet de prolonger la vie des sociétés en leur faisant perdre des degrés de complexité.
Salon du livre
Etonnant comme certain écrivains confondent la réalité et la réalité telle qu’ils l’on recréée dans leurs livres. Je n’en suis pas là mais, plus qu’à mon tour, j’adopte dans les conversations des points de vue pris au moment de l’écriture. Lesquels, faisons-nous entendre, sont les miens et sont ceux des personnages, donc ne sont pas les miens.
Plaire
Je sortais avec une fille qui ne me plaisait pas. Elle rentrait d’Italie. Elle disait:
-Je suis fatiguée.
Avec Monpère et sa femme, nous étions devant un feu, devant la télévision, à côté d’un chat. Blanc et soyeux le chat.
-Il n’aime pas, disait Monpère.
-Quoi?
-Qu’on le caresse.
-Pourtant, il a l’air.
-Oui, il a l’air.
Me tournant vers mon Italienne, je songeais: “n’ai-je donc trouvé qu’elle? Il y a bien quelque chose qui me plaît, mais ce n’est pas son physique de sorte qu’il faut sans cesse que je me persuade”.
Et me venait l’image du terrain que je venais d’acheter, dans une bananeraie, sur une île. Un lopin.
“Il faudrait y construire, une cabane, me disais-je, mais comment faire pour les toilettes? Et que ferai-je là-bas? Manger du riz pour sympathiser avec les autochtones? Mieux vaut encore rester avec cette Italienne.”