Immobile

L’hôpi­tal des urgences, de l’autre côté de la rue, a enclenché sa cen­trale d’air con­di­tion­né. Instal­lée sur le toit, le moteur fait ce bruit: “cla-cla… cla-cla”! Le même que les trains lorsqu’ils passent sur la voie et que réson­nent les tra­vers­es. Mais le bruit ne passe pas, il est con­tinu, je suis donc à l’in­térieur du train, pour un voy­age immobile. 

Espagne

Chaleur étouf­fante, mais: qu’on est bien ici! A l’ar­rêt de bus, je bois à même le trot­toir une bière pres­sion servie dans un verre. Arrive le 160. Le chauf­feur est souri­ant, il appelle la plu­part des clients par leur prénom. Nous lon­geons le front de mer. Lorsqu’il aperçoit des jeunes qui se hâtent, il les klax­onne: peut-être veu­lent-ils pren­dre le bus? Au vil­lage, une foule calme, instal­lée sur les ter­rass­es dans la lumière orangée de dix heures. Avant que la nuit ne vienne, j’ai le temps de mon­ter à l’ap­parte­ment. Je sors avec anx­iété sur le bal­con: mon sapin est entier. Le pro­prié­taire lui a don­né de l’eau. Puis je vais manger à la Trastien­da. Le serveur me salue. Il apporte un plat andalou. Avec la voi­sine de table, nous par­lons des meurtres de Barcelone. Elle a rai­son: c’est ce mode de vie, con­fi­ant, hon­nête, sim­ple, pop­u­laire qui est attaqué. Puis elle me présente sa tante, une dame de cent ans. Pen­dant le repas, elle était de dos. Je l’ai vue manger son plat de crevettes à décor­ti­quer, elle a bu une bière. Main­tenant, j’ap­prends son âge. Cette très vieille dame s’en va au bras d’une autre, bien plus jeune, dis­ons dans les qua­tre-vingt-dix ans? Mais la robe de l’aînée fait un mau­vais pli, remonte sur ses jambes. Ma voi­sine se pré­cip­ite, rectifie.

Argent des autres

Quelques heures avant le départ, Gala renonce à venir en Espagne. Il y a tou­jours une rai­son comme qui dirait, indépen­dante de sa volon­té. En général, de san­té. Par­fois, admin­is­tra­tive. Reste: le bil­let d’avion est perdu.

Folie

Entre­prise de destruc­tion générale, le social­isme. En févri­er, plus de cent mille per­son­nes défi­lent à Barcelone pour l’ac­cueil des immi­grés. Hier, des immi­grés com­met­tent un meurtre de masse. Trois jours plus tard, le pape appelle à ouvrir les frontières.

Marche

Belle réus­site que celle de Mamère: voilà des années qu’elle con­vie le troisième week-end d’août nos amis à la marche pop­u­laire d’At­tal­ens, vingt kilo­mètres à tra­vers champs et sous-bois, entre la Veveyse et la Glâne. Hier, nous étions onze. Aplo nous présen­tait sa pre­mière copine, Mon­frère était venu avec son fils, des amis d’ado­les­cence que je ne vois qu’à cette occa­sion nous avaient rejoint. Pen­dant les qua­tre heures de balade, les groupes se for­ment et se défor­ment, cha­cun allant aux nou­velles. Et lors des deux arrêts, une fois en ferme, la sec­onde fois dans la buvette d’un téles­ki pour enfants, nous man­geons du gâteau et buvons des limonades.

Rançon

A l’aube, les politi­ciens sor­taient dans la ville pour relever les machines à sou.

Ozzy

Quand Ozzy Osborne (chanteur de Black Sab­bath) revient à la mai­son après un con­cert, me racon­te Mon­frère, sa femme lui demande “alors, mon chéri, com­ment ça s’est passé?”
- Sais pas, dit Ozzy, je ne me sou­viens de rien.
Il jouait dans un stade devant 200’000 personnes.

Surindividualisme

La pro­pa­gande de masse a réus­si à nous faire croire que nous étions à nul autre com­pa­ra­bles. Ain­si, quand bien même nous ressem­blons à tout le monde, quand quelqu’un meurt, c’est tou­jours l’autre.

Quête

Bruit des valis­es à roulettes que les dérac­inés en quête d’e­space tirent sans cesse der­rière eux.

Pour les non-fatigués

Nous nous regar­dons mourir en société et, sans trop chercher, trou­vons des raisons. En réal­ité tout est bon: se laiss­er mourir n’a jamais qu’une rai­son, la fatigue de soi.