Société automatique

“Il y a de l’avenir là où les humains seront capa­bles de met­tre les auto­mates au ser­vice de la désautoma­ti­sa­tion”, Bernard Stiegler, Con­férence à l’IN­RA, 2014 (en réal­ité, il dit “automa­tismes” et non “auto­mates”, mais sans le con­texte, il pour­rait y avoir équiv­oque psychologogique.)

Physicalisme

Le “phys­i­cal­isme” des Anglo-sax­ons c’est, sous pré­texte de pro­grès, la destruc­tion de ce qu’il y a d’hu­main dans l’homme, c ‘est à dire le désor­dre créatif, ce dynamisme fon­da­men­tal de la nature, bref la clef de la vie. Mais quelqu’un qui est par­tie de la nature peut-il vrai­ment, par la rai­son et ses inven­tions tech­nologiques, maîtris­er le tout de la nature; n’est-elle pas néces­saire­ment débordante?

Rebut

Trou­vé au milieu des déchets de pois­sons, devant le bistrot du coin, dix chais­es usées jusqu’à la corde que le patron venait d’é­vac­uer. Sur le lot, j’en ai prélevées qua­tre que j’ai chif­fon­nées et lus­trées au pro­duit à vit­res. Un plaisir de l’or­dre de la recon­quête du ter­ri­toire. A l’op­posé de cette pro­lé­tari­sa­tion de l’e­sprit qu’im­pose le mod­u­laire en con­gloméré qu’il faut réalis­er sur mode d’emploi. Four­bis­sant ce matériel sur lequel, pen­dant des années, des généra­tions de buveurs ont craché et pété, je me dis­ais qu’il me restait tout de même quelque chose de l’en­t­hou­si­asme éprou­vé il y a vingt ans à Genève quand, d’un squat à un autre, je démé­nageais nos meubles en tram.

Meilleur

“Oui, me dit ce cama­rade de sport à qui j’an­nonce mon départ pour le Nord, il n’y a pas au monde de meilleur endroit pour vivre que Mala­ga”. Sans ciller, il ajoute : “Quoique je ne se sois jamais aller voir ailleurs…”

Âmes

Gala et moi sommes, sans plus de doute, des âmes télé­pathiques, au sens où Artaud, génie des intu­itions poé­tiques, évo­quait ce con­tact tran­scen­dant. D’ailleurs, cela est entre nous bien accep­té. Ain­si, tout-à-l’heure, je lui dis­ais que décou­vrant son mail de fin de journée dans lequel elle dis­ait avoir lu Hei­deg­ger sur la ques­tion de la tech­nique, j’avais le jour même (nous sommes à deux mille kilo­mètres et sans rap­ports), passé des heures à étudi­er le notion de “sculp­ture du cerveau” et l’ef­fet des pra­tiques numériques sur l’e­sprit, mais surtout, dans le cours de notre con­ver­sa­tion par inter­net, je l’en­tend définir, mot pour mot, le prob­lème tel que je l’ai fait à part moi, plus tôt, en solitaire.

Dents

Dans la rue voi­sine, le cab­i­net du den­tiste, lequel annonce aus­si des ser­vices d’odon­tolo­gie et de chirurgie, est au nom de Drs. Nava­jas, les “doc­teurs Couteaux”.

Animaux secondaires

L’étholo­gie, à son degré de développe­ment actuel, est de la plus grande aide pour penser les dilemmes moraux des sociétés humaines, ce qu’avaient pressen­ti des con­teurs tels que Man­dev­ille, Swift, La Fontaine ou Voltaire.

Laisser-faire

L’E­tat laisse faire. Il a les moyens d’ar­rêter ce qui nuit à son pou­voir. Et celui de per­me­t­tre ce qui, en nuisant à des intérêts autres que les siens, lui prof­ite. Telle est vraisem­blable­ment la loi d’oc­cur­rence du terrorisme.

Chaises-longues

Dans l’après-midi, j’ai déboulon­né les chais­es longues de la ter­rasse supérieure achetées il y a un an comme Gala, admi­rant la mer ouverte, s’ex­cla­mait: je ne peux imag­in­er lire autre part qu’i­ci et couchée, mais, Alexan­dre, com­ment va-t-on faire sans chaise longue? De mémoire, je dirais qu’elle ne s’est pas éten­due une seule fois dans ses chais­es; quant à moi, la posi­tion couchée me fatigue. Comme me fatigue de mon­ter et démon­ter sans cesse des meubles.

Temps

La semaine de notre ren­con­tre, Gala m’avait dit, “je n’en ai que pour six ou sept ans”. Ce soir, alors que nous vivons depuis bien­tôt dix-sept ans ce grand amour mar­qué de désas­tres, elle vient de me répéter la même chose dans les mêmes termes.