Bois

Nous faisons livr­er deux stères de bois coupé. A répar­tir entre le guide qui vit dans les anci­ennes écoles, mon voisin et moi. Je garde mille kilos. Quand le camion est en vue, nous sor­tons. Vient dans la rue Paco, le paysan qui pos­sède la moitié du vil­lage. Il approche la brou­ette et nous aide. Soudain, il arrête.
-Tu es d’où? Fait-il au bûcheron.
L’autre qui manoeu­vre sa remorque n’en­tend pas.
-Il est d’où?
-De Yesa, fait mon voisin.
Alors Paco:
-Hé, toi, l’homme de Yesa! Tu as con­nu un cer­tain Ama­do? Ama­do Jorge?
-Un peu.
-Tu l’as con­nu ou tu l’as pas con­nu?
-C’est mon oncle.
-On a fait l’ar­mée ensem­ble. Il est tou­jours vivant ou il est mort?
-Vivant.
-Dans quel état?
-En bon état. Même qu’il va tous les jours à la chas­se.
-Bien, alors tu lui pass­es le bon­jour.
Or, ce Ama­do dont par­le Paco, cet Ama­do qu’il n’a pas vu depuis quar­ante ans vit à quelques kilo­mètres, de l’autre côté de la montagne.

Sidus, sidéris

Sidéré de voir avec quel empresse­ment ces per­son­nes pleines de con­science, fémin­istes, réac­tion­naires, moral­isa­teurs, gauchisants, techno­phobes, écol­o­gistes, endossent les rôles qui ont été pré­parés selon une scé­nario dont ils ne peu­vent saisir les aboutisse­ments par de plus clair­voy­ants qu’eux-mêmes.

Devis

“Le prix? Oh, me dit la maçon, tout dépen­dra ce qu’on trou­ve là-dessous! On ne sait jamais!”

Non

-Avez-vous un escabeau?
-Non.
-Une boîte de con­serve?
-Non.
-En somme, vous n’avez rien?
-Non.

Hôtel

Dans cet hôtel, il y avait un petit cof­fre-fort rem­pli de cara­bines et sur le guéri­don un verre d’eau “non-traitée”.

Paradis

Sou­vent la vue, le temps d’un cligne­ment d’œil, de ce par­adis que devait être la nature avant l’ac­ca­pare­ment humain.

Croire

Les hommes croient tous qu’ils fer­ont quelque chose de grand. C’est parce qu’ils le croient qu’il font quelque chose. Il faut croire.

Insistance

Il par­lait longtemps, puis il chan­tait. Quant il avait fini, il se tai­sait. Mais dès que vous étiez éveil­lé, il recommençait.

Erotique

Rêve sex­uelle d’une telle vérité plas­tique, chaque élé­ment, seins, bouche, vagin ressen­tis comme dans un rap­port réel, que s’il était télédisponible, il rem­plac­erait la néces­sité de quêter sans cesse, pour s’an­ni­hiler et se réc­on­cili­er, l’acte charnel.

Bio-mécanique

Tou­jours fasciné par le jeu extra­or­di­naire du palais et des mâchoires au moment de détecter, dans l’acte d’al­i­men­ta­tion, l’élé­ment dur ou empoisonné.